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HLP - Bac 2021

Métropole - Session normale

Epreuve du 16 juin 2021

Duree : 4h
2 questions
Coef. 16
1 sujet au choix parmi 2

Consigne officielle

Le candidat traitera l'un des deux sujets au choix.

interpretation essai

Sujet 1

10 points

Enonce

Interprétation: Texte de Montaigne sur l'éducation (Essais, I, 26)

Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.

Notions :ÉducationHumanismeLiberté
Themes :#éducation#humanisme#liberté
Difficulte : moyen

Criteres d'evaluation

Compréhension du sujet5 pts
Qualité de l'argumentation5 pts
Connaissances mobilisées5 pts
Qualité de l'expression5 pts
Mode examen

Problematique

En quoi l'éducation humaniste proposée par Montaigne, fondée sur la liberté et le jugement personnel, constitue-t-elle une rupture avec les modèles éducatifs traditionnels et une formation à l'humanité pleine et entière ?

These de l'auteur

Référence à Jean-Jacques Rousseau et son traité *Émile ou De l'éducation* (1762). Comme Montaigne, Rousseau critique une éducation sociale corruptrice et prône une éducation « négative » qui préserve la liberté naturelle de l'enfant, le laissant se développer selon sa nature et apprendre par l'expérience plutôt que par les livres. Tous deux partagent l'idée que le but de l'éducation est de former un homme libre et autonome, même si leurs conceptions de la nature humaine et de la société diffèrent. Cette référence permet de montrer la postérité et les variations de l'idéal éducatif libérateur initié par l'humanisme.

Introduction redigee

« Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. » Cette célèbre formule, souvent attribuée à Montaigne, résume l'esprit de la révolution éducative proposée dans le chapitre 26 du premier livre des *Essais*, « De l'institution des enfants ». Adressé à Madame de Gurson, ce texte manifeste constitue un pilier de la pensée humaniste de la Renaissance. Montaigne, héritier critique de l'humanisme érudit d'un Érasme, y engage une réflexion profonde sur les finalités et les méthodes de l'éducation. Alors que les pratiques pédagogiques de son temps restent largement marquées par la scolastique médiévale, l'autoritarisme et l'accumulation livresque, l'auteur des *Essais* défend une conception radicalement nouvelle. Pour lui, l'éducation ne doit pas se contenter de transmettre un savoir, mais doit former l'être humain dans sa totalité, en cultivant avant tout sa liberté de jugement et son aptitude à vivre pleinement. Cette vision place la liberté au cœur du processus éducatif, non comme un simple adjuvant, mais comme sa condition et son but ultime. Nous nous demanderons donc en quoi l'éducation humaniste proposée par Montaigne, fondée sur la liberté et le jugement personnel, constitue-t-elle une rupture avec les modèles éducatifs traditionnels et une formation à l'humanité pleine et entière ? Pour y répondre, nous analyserons d'abord sa critique virulente des méthodes éducatives coercitives et vaines, puis nous exposerons les fondements de son projet éducatif libérateur, avant d'en interroger, en synthèse, les enjeux profonds et les limites potentielles.

Plan detaille

I. La critique humaniste des méthodes éducatives traditionnelles : une éducation coercitive et vaine
  • Montaigne dénonce une éducation fondée sur la contrainte et la mémorisation mécanique, comparant l'élève à un "âne chargé de livres" qui accumule un savoir mort, sans compréhension ni assimilation personnelle. Cette pédagogie autoritaire étouffe la curiosité naturelle et produit des esprits passifs.
  • Il critique la transmission d'un savoir encyclopédique et livresque détaché de la réalité et de l'expérience. L'éducation traditionnelle privilégie l'érudition ostentatoire ("science de parade") sur l'utilité pratique et le développement de la sagesse. L'exemple des pédants qui citent les auteurs sans les comprendre illustre cette vanité.
  • Cette méthode ignore la singularité de l'élève et son développement naturel. Montaigne souligne l'absurdité d'un enseignement uniforme qui ne tient pas compte des "inclinations naturelles" et des différences individuelles, gaspillant ainsi les talents potentiels.
II. Les fondements d'une éducation humaniste : la liberté comme condition du jugement et de la formation de l'homme
  • Montaigne propose une éducation libérale, au sens de libératrice, qui forme un esprit libre et critique. Il prône une pédagogie du dialogue et de la douceur ("conduire l'enfant par la volonté et le désir") pour susciter l'adhésion et l'épanouissement personnel, loin des châtiments corporels.
  • L'objectif central est de former le jugement (le "jugement") plutôt que de remplir la mémoire. Il s'agit d'apprendre à penser par soi-même, à discerner le vrai du faux, le bien du mal. L'élève doit "savoir douter" et exercer sa raison sur toute chose, y compris les autorités établies.
  • Cette éducation est intégrale et tournée vers l'action dans le monde. Elle associe les lettres et les exercices du corps, la théorie et la pratique. Montaigne valorise le voyage et la confrontation avec autrui comme école de tolérance et de relativisme culturel, formant un homme sociable et adapté à la vie civile.
III. Les enjeux et les limites d'un idéal éducatif : former un homme libre et heureux dans un monde imparfait
  • L'éducation selon Montaigne a une finalité éthique et existentielle : former un être humain accompli, capable de vivre une vie bonne et heureuse ("savoir vivre et savoir mourir"). Il s'agit moins de faire un savant qu'un sage, un homme de bien, doté de probité et de franchise, apte à se gouverner lui-même et à participer à la vie de la cité.
  • Cet idéal humaniste, bien que révolutionnaire pour son époque, présente des tensions internes et des limites. L'insistance sur la liberté et l'autonomie du jugement peut sembler contradictoire avec le rôle du précepteur. De plus, ce modèle éducatif exigeant, fondé sur un accompagnement individualisé, semble réservé à une élite sociale, ce qui interroge son universalité. Il pose enfin la question de la transmission des valeurs et des connaissances stabilisées dans une société.

Conclusion redigee

En définitive, le texte de Montaigne sur l'éducation propose bien plus qu'une simple réforme pédagogique ; il formule un idéal humaniste complet où l'instruction est indissociable de la formation de l'homme. En rejetant une éducation fondée sur la contrainte et l'érudition morte, Montaigne fait de la liberté le principe et le but de tout apprentissage véritable. Former le jugement, cultiver l'autonomie de la pensée, préparer à une vie active et vertueuse : tels sont les piliers de cette « institution » qui vise à produire des individus éclairés, capables de s'adapter au monde et de vivre en sagesse. Cette vision, profondément novatrice au XVIe siècle, dépasse le cadre strict de la pédagogie pour toucher à une conception de l'humain comme être perfectible par la culture et la réflexion. Si l'on peut questionner l'accessibilité pratique de ce modèle exigeant et individualisé, sa force critique et son inspiration demeurent intacts. En ouvrant la perspective d'une éducation libératrice, Montaigne pose les jalons d'une réflexion qui trouvera des échos durables, des Lumières à la pédagogie active contemporaine, nous invitant sans cesse à repenser le lien essentiel entre instruction, liberté et humanité.

Pieges a eviter

  • !Se contenter d'un simple résumé ou d'une paraphrase du texte sans construire une interprétation argumentée et problématisée.
  • !Ignorer le contexte historique et intellectuel de l'Humanisme de la Renaissance, qui est essentiel pour comprendre la portée critique et novatrice des propositions de Montaigne.
  • !Traiter les notions d'« Éducation », d'« Humanisme » et de « Liberté » de manière séparée et décousue, sans montrer leurs liens organiques dans la pensée de Montaigne, où la liberté est à la fois le moyen et la fin de l'éducation humaniste.
interpretation essai

Sujet 2

10 points

Enonce

Essai: La parole peut-elle être une forme de violence ?

Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.

Notions :LangageViolencePouvoir
Themes :#langage#violence#pouvoir
Difficulte : moyen

Criteres d'evaluation

Compréhension du sujet5 pts
Qualité de l'argumentation5 pts
Connaissances mobilisées5 pts
Qualité de l'expression5 pts
Mode examen

Problematique

Si la parole est par essence un moyen de communication et de pacification des relations humaines, comment et dans quelle mesure peut-elle se transformer en instrument de violence, voire constituer une violence à part entière ?

These de l'auteur

Pierre Bourdieu, dans *Ce que parler veut dire*, développe le concept de "violence symbolique". Il montre que le langage n'est pas seulement un instrument de communication, mais un instrument d'action et de pouvoir. La violence symbolique est une violence douce, invisible, qui s'exerce avec la complicité inconsciente de ceux qui la subissent, à travers l'imposition de catégories de pensée, de normes linguistiques et de visions du monde qui légitiment l'ordre social dominant. Ainsi, la parole du dominant (par son accent, son vocabulaire, sa syntaxe) est perçue comme légitime et supérieure, tandis que la parole des dominés est dévalorisée. Cette violence n'en est pas moins réelle, car elle contribue à maintenir les inégalités et les rapports de domination.

Introduction redigee

« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir. » Cette remarque de Victor Klemperer dans *LTI, la langue du IIIe Reich* pointe avec acuité la puissance ambiguë de la parole. Traditionnellement opposée à la violence physique, la parole est considérée comme le medium privilégié de la raison, du dialogue et de la civilisation, permettant de résoudre les conflits par le débat plutôt que par la force. Pourtant, l'expérience commune comme l'histoire nous montrent que les mots peuvent aussi blesser, humilier, exclure et même préparer les pires violences. Cette dualité nous conduit à nous interroger : la parole peut-elle être une forme de violence à part entière ? Pour y répondre, il convient d'abord de définir la violence non seulement comme force physique, mais aussi comme tout ce qui porte atteinte à l'intégrité physique ou psychique d'une personne, ou qui l'empêche de se réaliser librement. La parole, quant à elle, est l'usage du langage à des fins de communication. Nous verrons dans un premier temps comment la parole peut constituer une violence directe, psychologique et symbolique. Nous analyserons ensuite comment elle se fait l'instrument d'une violence institutionnelle et politique. Enfin, nous nuancerons cette analyse en montrant les limites de l'assimilation entre parole et violence, et en esquissant les conditions d'une parole non-violente et réparatrice.

Plan detaille

I. La parole comme violence symbolique et psychologique : l'atteinte à l'intégrité de l'autre
  • La parole comme arme psychologique : l'insulte, la calomnie, le harcèlement verbal visent à blesser, humilier et détruire l'estime de soi de l'autre. Exemple : les injures racistes ou sexistes qui assignent l'individu à une identité dévalorisée et le blessent profondément dans son être.
  • La violence du silence et du non-dit : la parole peut être violente par son absence (silence punitif, déni de parole) ou par ce qu'elle tait (secrets toxiques, non-dits familiaux). Exemple : le silence imposé aux victimes de violences, qui constitue une double peine.
  • La parole manipulatrice et aliénante : la propagande, le discours sectaire ou la manipulation émotionnelle utilisent la parole pour priver l'autre de son libre arbitre et de son esprit critique. Exemple : les techniques de lavage de cerveau dans les sectes, où la parole répétitive formate la pensée.
II. La parole comme violence institutionnelle et politique : l'exercice d'un pouvoir oppressif
  • La parole légitimant la violence physique : les discours de haine, les appels à la violence ou les justifications idéologiques des régimes oppressifs. Exemple : la propagande nazie déshumanisant les Juifs pour préparer et justifier leur extermination.
  • La violence du langage normatif et exclusif : le langage peut marginaliser, exclure ou rendre invisibles certains groupes. Exemple : le langage sexiste qui invisibilise les femmes (utilisation du masculin générique) ou le langage administratif qui déshumanise (réduire une personne à un "dossier").
  • La parole comme instrument de domination symbolique (Bourdieu) : le langage légitime d'une classe dominante s'impose comme norme, dévalorisant les paroles populaires ou minoritaires. Exemple : le mépris de classe s'exerçant à travers le jugement des accents ou des registres de langue.
III. Les limites et la dialectique de la parole violente : vers une éthique de la parole
  • Distinguer la violence verbale de la parole conflictuelle ou critique : toute parole dissonante ou conflictuelle n'est pas violente. La critique argumentée, même dure, respecte l'interlocuteur comme sujet rationnel. Exemple : la parole philosophique qui critique radicalement les préjugés sans attaquer la personne.
  • La parole comme remède à la violence : le dialogue, la médiation, la littérature et le témoignage utilisent la parole pour apaiser les conflits, comprendre la violence et reconstruire. Exemple : les Commissions Vérité et Réconciliation qui, par la parole des victimes et des bourreaux, tentent de panser les plaies après un conflit.
  • Vers une éthique de la parole responsable : reconnaître le pouvoir performatif et potentiellement violent du langage implique une responsabilité du locuteur. La parole non-violente (Gandhi) ou la « parole vraie » (parrhêsia antique) cherchent à dire la vérité sans nuire.

Conclusion redigee

En définitive, la parole peut indéniablement être une forme de violence, parfois aussi destructrice que la violence physique. Elle agit comme une violence psychologique lorsqu'elle blesse l'intégrité de l'individu, et comme une violence symbolique et politique lorsqu'elle sert des rapports de domination et d'exclusion. Les analyses de Bourdieu sur la domination symbolique ou les études sur les discours de haine en attestent. Cependant, réduire la parole à sa dimension violente serait une erreur. Une distinction cruciale doit être opérée entre la parole qui attaque la personne et celle qui critique les idées, entre la violence verbale et le conflit dialectique fécond. La parole conserve sa vocation première de médiation et de pacification, comme en témoignent les processus de dialogue ou de témoignage littéraire. Ainsi, la question essentielle n'est peut-être pas de savoir *si* la parole peut être violente – l'évidence historique le prouve –, mais *comment* exercer notre liberté de parole de manière responsable, en ayant conscience de son pouvoir performatif et de sa capacité à construire ou à détruire le lien social. Cela ouvre sur une réflexion éthique et politique concernant l'éducation au langage et les limites à la liberté d'expression.

Pieges a eviter

  • !Réduire la violence à la seule violence physique et donc conclure trop rapidement que la parole n'est pas une "vraie" violence. Il faut élargir la définition.
  • !Faire un catalogue d'exemples de violences verbales sans analyse conceptuelle ni articulation avec les notions du programme (Langage, Violence, Pouvoir).
  • !Adopter une position unilatérale : soit tout nier ("ce ne sont que des mots"), soit tout assimiler (toute parole dissonante serait violente). La nuance est cruciale.

Informations

MatiereHLP
Session2021
CentreMétropole
Filieregenerale
Coefficient16