HLP - Bac 2023
Métropole - Session normale
Epreuve du 18 juin 2023
Consigne officielle
Le candidat traitera l'un des deux sujets au choix.
Sujet 1
Enonce
Interprétation: Texte de Voltaire sur la tolérance (Traité sur la tolérance)
Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
Dans quelle mesure la tolérance, telle que défendue par Voltaire, constitue-t-elle une exigence rationnelle face aux dogmatismes religieux, et comment cette conception éclaire-t-elle les tensions entre foi et raison ?
These de l'auteur
John Locke, *Lettre sur la tolérance* (1689). Locke, avant Voltaire, défend la tolérance religieuse en séparant nettement les affaires de l'État (qui doit garantir les droits et la paix) et celles de l'Église (société volontaire). Il argue que la vraie foi ne peut être contrainte et que la diversité des cultes ne menace pas l'ordre public si l'État reste neutre. Voltaire radicalise et popularise ces arguments dans un contexte français marqué par l'absolutisme religieux, en y ajoutant une dimension polémique et une critique sociale plus acerbe.
Introduction redigee
« Qu'est-ce que la tolérance ? C'est l'apanage de l'humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d'erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c'est la première loi de la nature. » Par ces mots, Voltaire, dans son *Traité sur la tolérance* (1763), érige la tolérance en vertu cardinale des Lumières. Œuvre de circonstance écrite pour réhabiliter la mémoire de Jean Calas, protestant injustement supplicié, ce pamphlet philosophique dépasse le cas particulier pour interroger le rapport conflictuel entre religion et raison dans l'espace social. La tolérance, notion clé, se définit ici non comme une simple indulgence passive, mais comme un principe actif de coexistence fondé sur le respect et la raison, en opposition frontale au fanatisme et au dogmatisme religieux. Dans quelle mesure la tolérance, telle que défendue par Voltaire, constitue-t-elle une exigence rationnelle face aux dogmatismes religieux, et comment cette conception éclaire-t-elle les tensions entre foi et raison ? Pour répondre, nous analyserons d'abord la dénonciation voltairienne de l'intolérance comme source d'injustice, puis nous en explorerons les fondements rationnels et moraux, avant d'en interroger, pour finir, les limites et l'actualité dans la construction d'un espace public laïque.
Plan detaille
I. La tolérance comme rempart contre le fanatisme religieux et l'injustice
- •Voltaire dénonce l'intolérance comme source de violence et d'oppression politique. L'exemple central du Traité est l'affaire Calas, où un protestant est injustement exécuté sur de fausses accusations religieuses, illustrant comment le préjugé fanatique corrompt la justice.
- •L'auteur attaque le dogmatisme théologique qui prétend détenir la vérité absolue. Il montre, par l'étude historique des religions, que les doctrines ont évolué et que les persécutions (comme celles des premiers chrétiens par les Romains, puis des hérétiques par l'Église) sont souvent cycliques et arbitraires.
- •La tolérance est présentée comme un principe d'ordre social et de paix civile. Voltaire argue qu'une société pluriconfessionnelle (comme l'Angleterre ou les Provinces-Unies de son temps) est plus stable et prospère qu'une société persécutrice, car elle évite les guerres de religion.
II. Les fondements rationnels et moraux de la tolérance voltairienne
- •La raison naturelle, commune à tous les hommes, est le socle de la tolérance. Face aux révélations particulières et contradictoires des religions, Voltaire en appelle à une "religion naturelle" minimale, fondée sur la morale universelle (ne pas tuer, ne pas voler) et le déisme, qui peut être partagée par tous.
- •La tolérance découle du respect de la conscience individuelle et de la liberté de penser. Voltaire défend le droit à l'erreur ("Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire") et considère que la foi ne peut être imposée par la force, car elle relève d'une conviction intime.
- •L'argument utilitariste et pragmatique : la diversité des croyances est un fait historique et géographique inéluctable. Persécuter pour des opinions est donc à la fois inefficace (on ne change pas les cœurs par la contrainte) et nuisible au bien commun, qui exige la collaboration de tous les citoyens, quelle que soit leur confession.
III. Les limites et l'actualité de la tolérance : entre relativisme et exigence critique
- •La tolérance voltairienne n'est pas un relativisme passif. Voltaire est intolérant envers l'intolérance (le fanatisme) et les superstitions qu'il juge nuisibles. Sa célèbre lutte contre "l'Infâme" (le dogmatisme oppressif) montre que la tolérance s'accompagne d'un vigoureux exercice de la critique raisonnée, notamment par l'ironie et la satire.
- •Cette conception pose la question des limites de la tolérance dans une société laïque. Le modèle voltairien, qui sépare la sphère privée de la croyance de la sphère publique gouvernée par la loi commune et la raison, préfigure la laïcité moderne. Il invite à une tolérance active, fondée sur le droit et l'éducation, pour construire un vivre-ensemble pacifié au-delà des différences confessionnelles.
Conclusion redigee
En définitive, le *Traité sur la tolérance* de Voltaire propose une défense rigoureuse et passionnée de la liberté de conscience contre l'oppression dogmatique. Loin d'être un simple plaidoyer pour la coexistence, la tolérance y apparaît comme un impératif rationnel et moral, nécessaire à la justice et à la paix sociale. Fondée sur la raison naturelle et le respect de l'individu, elle se construit en opposition au fanatisme religieux, sans pour autant verser dans un relativisme absolu, puisqu'elle combat activement l'intolérance par les armes de l'ironie et de la critique. Ce projet des Lumières, qui sépare la sphère privée de la croyance de la sphère publique régie par des lois communes, jette les bases théoriques de la laïcité moderne. Son actualité reste brûlante, nous invitant à repenser sans cesse les équilibres délicats entre le respect des convictions individuelles et les exigences du vivre-ensemble dans des sociétés pluralistes. La tolérance, finalement, n'est pas la fin de la raison, mais son commencement dans l'ordre politique.
Pieges a eviter
- !Se limiter à un simple résumé du texte ou de l'affaire Calas sans développer l'argumentation philosophique de Voltaire.
- !Faire de Voltaire un athée militant : il est déiste et combat le fanatisme, non la croyance en Dieu. Sa critique vise l'intolérance et la superstition, non la religion en tant que telle.
- !Oublier de problématiser le sujet et de traiter la tension entre les notions (Tolérance/Religion/Raison) pour tomber dans une dissertation descriptive et plate.
Sujet 2
Enonce
Essai: Peut-on tout dire ?
Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
Dans quelle mesure l'aspiration à une liberté d'expression absolue se heurte-t-elle à des limites nécessaires, imposées par des considérations éthiques, sociales et politiques, et comment articuler cette tension entre le droit de dire et la responsabilité de ne pas tout dire ?
These de l'auteur
John Stuart Mill, dans « De la liberté » (1859), défend une conception très large de la liberté d'expression, arguant que même une opinion fausse doit pouvoir être exprimée, car la confrontation des idées est nécessaire à la découverte de la vérité. Cependant, il introduit une limite célèbre : le « principe de non-nuisance ». On ne peut user de sa liberté pour causer un préjudice à autrui. Cette pensée fonde philosophiquement l'idée que la liberté d'expression n'est pas absolue mais trouve sa limite dans les droits et la sécurité d'autrui, articulant ainsi le « tout dire » théorique à une responsabilité pratique.
Introduction redigee
« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » : cet article de la Déclaration de 1789 pose d'emblée le paradoxe au cœur de notre sujet. L'idéal d'une expression libre et sans entraves, célébré depuis les Lumières comme condition de l'émancipation individuelle et du débat démocratique, se heurte en pratique à la question de ses limites. « Tout dire » semble être le rêve de la transparence absolue, de la vérité intégrale, qu'elle soit personnelle, scientifique ou politique. Pourtant, l'expérience commune comme le droit nous rappellent constamment que tout n'est pas dicible, ou du moins, que tout ne doit pas être dit. Des tabous sociaux aux lois sur la diffamation, en passant par les secrets médicaux ou d'État, des frontières existent. Le sujet « Peut-on tout dire ? » invite ainsi à interroger cette tension fondamentale entre, d'une part, un « pouvoir » (la capacité technique, le droit) et, d'autre part, un « devoir » (l'impératif éthique, la responsabilité). Nous analyserons d'abord la force et la légitimité de l'aspiration à tout dire, puis nous examinerons les limites, juridiques, morales et contextuelles, qui la contraignent nécessairement. Enfin, nous chercherons à dépasser cette opposition pour penser une éthique de la parole responsable, où la liberté de dire s'articule à la conscience de ses effets.
Plan detaille
I. L'aspiration à tout dire : un idéal de liberté et de vérité
- •L'idéal des Lumières et la liberté d'expression comme pilier démocratique. Exemple : l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (1789) qui consacre la libre communication des pensées et des opinions. Cette liberté est vue comme un rempart contre l'oppression et un moteur du progrès.
- •La valeur cathartique et libératrice de la parole en littérature et en psychanalyse. Exemple : les Confessions de Rousseau, où l'auteur revendique le droit de tout révéler sur lui-même, y compris ses fautes, pour atteindre une vérité intérieure et se libérer du poids du secret.
- •L'exigence de vérité et de transparence dans le discours scientifique et historique. Exemple : le devoir de l'historien de dire la vérité sur les événements, même douloureux (comme la Shoah), pour lutter contre l'oubli et la falsification.
II. Les limites nécessaires : ce qu'on ne peut ou ne doit pas dire
- •Les limites juridiques et politiques : l'interdiction des discours qui portent atteinte à l'ordre public ou aux droits d'autrui. Exemple : les lois contre l'incitation à la haine raciale, la diffamation ou l'apologie du terrorisme, qui restreignent la liberté d'expression pour protéger la société et la dignité des personnes.
- •Les limites éthiques et morales : le respect de la vie privée, la protection des plus vulnérables et la notion de « mal » causé par la parole. Exemple : le dilemme du médecin face à un diagnostic grave (doit-il tout dire au patient ?) ou la révélation d'un secret qui pourrait détruire une famille. La pensée de Levinas sur la responsabilité infinie envers autrui fonde cette limite.
- •Les limites liées au contexte et à la réception : l'idée que tout n'est pas dicible à tout moment et à tout le monde. Exemple : la notion de « secret défense » pour la sécurité nationale, ou la parole inappropriée dans un contexte particulier (une blague graveleuse lors d'une cérémonie funèbre). La pragmatique du langage montre que la signification dépend du contexte.
III. Vers une éthique de la parole responsable : articuler liberté et limite
- •La responsabilité comme fondement d'une liberté d'expression mature. Il ne s'agit pas de se taire, mais de mesurer les effets de ses paroles. Exemple : la réflexion de Jürgen Habermas sur l'« agir communicationnel » et l'éthique de la discussion, où la parole vise l'entente et suppose le respect des interlocuteurs.
- •Le rôle de l'art et de la littérature comme espaces de transgression et de questionnement des limites. L'art peut « tout dire » de manière oblique, métaphorique, en déplaçant la question du dicible. Exemple : l'écriture de la violence et de l'horreur chez un auteur comme Jonathan Littell dans « Les Bienveillantes », qui interroge les limites de la représentation par la forme littéraire elle-même.
Conclusion redigee
En définitive, on ne peut pas, et on ne doit pas, « tout dire » au sens d'une expression brute, illimitée et irresponsable. L'analyse a montré que l'idéal de transparence absolue se heurte à des limites nécessaires, protectrices des individus et du lien social. Cependant, répondre simplement par la négative serait manquer la complexité du problème. La question n'est pas tant de savoir s'il faut imposer un silence, mais de déterminer comment, où et à quelles conditions la parole peut et doit s'exercer. La réponse réside dans l'articulation entre la liberté, valeur fondamentale, et la responsabilité, qui en est le corollaire indispensable. Il s'agit de passer d'une logique du « droit de tout dire » à une logique du « devoir de bien dire » – c'est-à-dire d'une parole réfléchie, soucieuse de son contexte et de ses conséquences. Cette éthique de la parole, qui trouve dans l'art un laboratoire privilégié, est sans doute la condition pour que la liberté d'expression, loin de se dissoudre dans le silence ou de sombrer dans la violence verbale, demeure le fondement d'un véritable dialogue démocratique.
Pieges a eviter
- !Répondre de manière binaire (oui/non) sans nuancer. Le sujet demande une réflexion dialectique sur la tension entre liberté et limite.
- !Se limiter à un catalogue d'exemples (lois, tabous) sans les relier à une réflexion philosophique sur les fondements de ces limites (éthique, responsabilité, lien social).
- !Oublier la dimension « peut-on » qui interroge à la fois la capacité (est-ce possible ?) et la légitimité (est-ce permis ?). Il faut traiter ces deux aspects.
