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Français - Bac 2022

Métropole - Session normale

Epreuve du 15 juin 2022

Duree : 4h
2 questions
Coef. 5
1 sujet au choix parmi 2

Consigne officielle

Le candidat traitera, au choix, l'un des sujets suivants.

commentaire

Sujet 1

20 points

Enonce

Commentaire

Vous commenterez le texte suivant :

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. »

Notions :La poésie du XIXe au XXIe sièclePoésie lyrique
Difficulte : moyen
Mode examen

Problematique

Comment Baudelaire, à travers ce poème, transforme-t-il la mélancolie en une expérience esthétique et métaphysique ?

Introduction redigee

Extrait de la section "Spleen et Idéal" des Fleurs du Mal (1857), ce poème de Charles Baudelaire illustre magistralement l'état de dépression profonde que le poète nomme "spleen". Dans ce quatrain en alexandrins, Baudelaire donne forme poétique à l'angoisse existentielle, transformant la mélancolie en une expérience à la fois sensorielle et métaphysique. Nous analyserons comment le poète construit une allégorie de la souffrance intérieure, puis comment il opère une transfiguration esthétique de cette détresse.

Plan detaille

I. Une allégorie de la souffrance intérieure
  • Métaphores spatiales de l'oppression : "ciel bas et lourd pèse comme un couvercle", "cachot humide", "vaste prison"
  • Personnification de l'Espérance en chauve-souris désespérée
  • Images organiques de contamination : "araignées / Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux"
II. La transfiguration poétique du spleen
  • Musicalité angoissante : rythmes brisés, assonances en "ou" et "i", allitérations en "p"
  • Contraste entre l'immobilité oppressante et la violence soudaine des cloches
  • Élévation paradoxale : le "hurlement" vers le ciel comme cri métaphysique

Conclusion redigee

Baudelaire réussit ainsi à métamorphoser l'expérience du spleen en œuvre d'art, élevant la mélancolie au rang de sujet poétique majeur. Par cette alchimie verbale, il dépasse la simple expression de la tristesse pour créer une véritable cosmologie de la détresse humaine. Cette poésie ouvre la voie à la modernité en faisant de l'expérience intérieure, même la plus douloureuse, une matière artistique légitime, annonçant ainsi les explorations des poètes symbolistes et surréalistes.

Pieges a eviter

  • !Se contenter de paraphraser les images sans analyser leur portée symbolique
  • !Oublier de citer précisément le texte pour étayer l'analyse
  • !Négliger la dimension musicale et rythmique du poème
dissertation

Sujet 2

20 points

Enonce

Dissertation

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » (Paul Valéry)

Vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Notions :Poésie
Difficulte : difficile
Mode examen

Problematique

Dans quelle mesure la poésie, loin de n'être qu'une expression personnelle de l'inspiration, est-elle avant tout un acte de création visant à produire un effet sur le lecteur ?

Introduction redigee

Paul Valéry, dans sa réflexion sur la création, affirme que « Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré ». Cette citation audacieuse inverse la représentation romantique du poète comme un être passivement visité par la Muse. Elle propose de voir en lui non pas le réceptacle d'une grâce, mais l'actif générateur d'une émotion et d'une pensée chez autrui. Cette conception invite à interroger la nature même de l'acte poétique : est-il essentiellement expression d'une inspiration intérieure ou construction volontaire destinée à produire un effet ? Nous verrons dans un premier temps que la figure du poète inspiré, héritée du romantisme, reste puissante. Cependant, l'importance du travail formel et de la construction poétique montre que le poète est avant tout un artisan. Enfin, nous envisagerons comment le poète accomplit pleinement son rôle en devenant celui qui, par son art, inspire et éveille la sensibilité du lecteur.

Plan detaille

I. Le poète comme être inspiré : la poésie comme expression d'une sensibilité et d'une vision singulières
  • L'expression du moi et des émotions : Les Fleurs du Mal de Baudelaire (ex: « Spleen » LXXVIII) montre le poète comme réceptacle d'une mélancolie personnelle.
  • La vision prophétique et métaphysique : Les Contemplations de Hugo (ex: « Ce que dit la bouche d'ombre ») présentent le poète comme un voyant, un intermédiaire inspiré par des forces supérieures.
II. Le poète comme artisan de l'inspiration : le travail de la forme pour créer l'émotion et la pensée
  • Le travail formel comme essence de la création poétique : L'Art poétique de Verlaine (« De la musique avant toute chose ») et la théorie du « poète ouvrier » de Valéry lui-même soulignent le labeur de l'écriture.
  • La poésie comme construction d'un langage neuf : Alcools d'Apollinaire (ex: « Zone ») montre comment le poète inspire une nouvelle perception du monde par le collage et l'innovation formelle, bien plus qu'il n'exprime une inspiration préexistante.
III. Le poète, entre inspiration reçue et transmission active : un guide qui éveille la sensibilité et l'intelligence du lecteur
  • Le poète comme éveilleur : Les poèmes engagés, comme « Liberté » d'Éluard, sont conçus pour inspirer l'espoir et la résistance au lecteur, faisant du poète un inspirateur collectif.
  • La poésie comme expérience partagée : Les recueils contemporains (ex: Capitale de la douleur de Breton) invitent le lecteur à une recréation active du sens, faisant de lui un co-inspiré. Le poète fournit la structure (images, rythmes) qui déclenche l'inspiration chez l'autre.

Conclusion redigee

Ainsi, l'affirmation de Valéry, qui semble d'abord minorer le rôle de l'inspiration, permet en réalité d'en redéfinir les termes. Si le poète peut être « inspiré » par une émotion, une vision ou le monde, son véritable travail est de transformer cette matière première en un objet langagier capable, à son tour, d'« inspirer » le lecteur. Il n'est donc pas simplement un canal, mais un transformateur et un transmetteur actif. De l'expression du moi lyrique à la poésie engagée ou hermétique, le poète se fait architecte de l'émotion et guide de l'imagination. En ce sens, la poésie trouve peut-être sa finalité ultime non dans le fait de dire ce qui est, mais dans le pouvoir de susciter chez l'autre une nouvelle façon de sentir et de penser. On pourrait alors se demander si cette fonction d'inspirateur est l'apanage du seul poète, ou si tout artiste ne vise pas, fondamentalement, à inspirer à son public une perception renouvelée du réel.

Pieges a eviter

  • !Se contenter de paraphraser la citation sans la discuter véritablement.
  • !Oublier de citer des œuvres et des auteurs précis (titres, poèmes, procédés).
  • !Confondre « inspirer » (donner l'inspiration) et « être inspiré » (la recevoir) dans l'argumentation.
  • !Négliger la dimension formelle et technique du travail poétique au profit d'une approche uniquement thématique.

Informations

MatiereFrançais
Session2022
CentreMétropole
Filieregenerale
Coefficient5
Source : Généré par IA (DeepSeek) - Sujet type Bac