Français - Bac 2023
Métropole - Session normale
Epreuve du 15 juin 2023
Consigne officielle
Le candidat traitera, au choix, l'un des sujets suivants.
Sujet 1
Enonce
Commentaire
Vous commenterez le texte suivant :
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. »
Problematique
Comment Baudelaire, à travers ce poème, transforme-t-il la mélancolie en une expérience esthétique et métaphysique ?
Introduction redigee
Extrait du recueil Les Fleurs du Mal (1857), ce poème de Charles Baudelaire appartient à la section "Spleen et Idéal". Le poète y explore les profondeurs de l'ennui et de la mélancolie, sentiments caractéristiques du spleen baudelairien. À travers une série d'images allégoriques, Baudelaire décrit l'oppression mentale et l'enfermement existentiel. Nous analyserons comment le poète transforme cette expérience douloureuse en une création esthétique. Notre étude s'articulera d'abord autour de l'allégorie de l'ennui, puis de l'esthétisation de la souffrance et de la révolte qu'elle exprime.
Plan detaille
I. Une allégorie de l'ennui et de la mélancolie
- •Métaphores spatiales et climatiques (ciel "couvercle", terre "cachot humide") créant une atmosphère d'oppression
- •Personnification de l'Espérance comme une chauve-souris désorientée, soulignant l'impuissance
- •Images carcérales récurrentes (prison, barreaux, filets) traduisant l'enfermement mental
II. Une esthétisation de la souffrance et une révolte sonore
- •Musicalité créée par les rimes plates et les sonorités sourdes ("lourd", "couvercle", "humide")
- •Contraste entre le silence oppressant et la violence sonore des cloches ("sautent avec furie", "affreux hurlement")
- •Transformation de la douleur en création poétique : la mélancolie devient source d'inspiration
Conclusion redigee
Ce poème de Baudelaire illustre parfaitement sa capacité à sublimer la souffrance humaine. En métamorphosant l'ennui en une série d'images puissantes et en une expérience sensorielle complexe, le poète dépasse la simple description psychologique pour atteindre une dimension métaphysique. La violence finale des cloches, loin de libérer le sujet, semble cristalliser son désespoir tout en le transformant en œuvre d'art. Cette tension entre souffrance et création annonce les explorations poétiques du XXe siècle, notamment chez les surréalistes qui verront en Baudelaire un précurseur de la poésie moderne.
Pieges a eviter
- !Se contenter de paraphraser les images sans analyser leur portée symbolique
- !Oublier de citer précisément le texte pour étayer l'analyse
- !Négliger la dimension sonore et rythmique du poème
Sujet 2
Enonce
Dissertation
« La poésie est une insurrection. » Paul Éluard
Vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.
Problematique
Dans quelle mesure la poésie, par sa nature même, constitue-t-elle un acte de révolte et de subversion, tant sur le plan formel que sur le plan des idées ?
Introduction redigee
Amorce : Depuis les Châtiments de Victor Hugo fustigeant Napoléon III jusqu'aux poètes de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, la poésie a souvent été associée à un cri de révolte. Citation : C'est dans cette tradition que s'inscrit la déclaration de Paul Éluard, poète surréaliste et résistant, pour qui « La poésie est une insurrection ». Problématique : Cette affirmation invite à s'interroger sur la dimension fondamentalement subversive de l'écriture poétique. La poésie est-elle par essence un acte de rébellion, que ce soit contre les conventions littéraires, l'ordre social ou les limites du langage ? Ou bien peut-elle aussi revêtir d'autres fonctions, plus apaisées ou plus introspectives ? Plan : Nous verrons d'abord en quoi la poésie constitue une insurrection sur le plan formel et langagier (I). Nous analyserons ensuite sa dimension d'insurrection politique et sociale (II). Enfin, nous nuancerons cette vision en montrant que la poésie peut aussi être un refuge, un jeu esthétique ou une contemplation, échappant ainsi à une définition purement militante (III).
Plan detaille
I. La poésie comme insurrection formelle et langagière
- •La révolte contre les règles classiques : les poètes du XIXe siècle (Baudelaire, Rimbaud) libèrent le vers et la forme. Exemple : « Alchimie du verbe » de Rimbaud (Illuminations) qui prône un dérèglement systématique des sens et du langage.
- •La subversion du langage ordinaire : les surréalistes (Éluard, Breton) pratiquent l'écriture automatique pour libérer l'inconscient et créer un nouveau langage. Exemple : « Liberté » d'Éluard, poème-résistance qui transforme le langage en acte de liberté.
II. La poésie comme insurrection politique et sociale
- •La dénonciation des injustices et l'appel à la révolte : les poètes engagés du XXe siècle. Exemple : « Strophes pour se souvenir » d'Aragon, qui commémore l'héroïsme des résistants du groupe Manouchian et appelle à la lutte contre l'oppression.
- •La voix des opprimés et la contestation du pouvoir : la poésie peut donner la parole aux sans-voix. Exemple : Les poèmes de Federico García Lorca, qui dénoncent l'oppression des minorités en Espagne (Romancero gitano).
III. Les limites de cette insurrection : la poésie comme refuge, contemplation ou simple jeu esthétique
- •La poésie du moi et de l'intime, tournée vers l'introspection plutôt que vers la révolte. Exemple : Les Méditations poétiques de Lamartine, qui privilégient l'expression des sentiments personnels et la mélancolie face à la nature.
- •La poésie pure et l'hermétisme, qui peut éloigner le lecteur et réduire la portée subversive. Exemple : L'œuvre de Stéphane Mallarmé, où le langage devient un objet autonome, parfois difficile d'accès, et où la révolte est davantage métaphysique que sociale.
- •Argument : La récupération institutionnelle de la poésie, qui peut la neutraliser en la cantonnant à un rôle ornemental ou scolaire.
Conclusion redigee
Synthèse : L'affirmation d'Éluard selon laquelle « la poésie est une insurrection » s'avère donc riche de vérité, mais nécessite d'être nuancée. La poésie est bien souvent une arme de subversion, qu'elle s'attaque aux carcans de la forme (des Romantiques aux Surréalistes) ou aux injustices du monde (des poètes engagés). Elle peut briser les codes établis et éveiller les consciences. Ouverture : Cependant, réduire la poésie à sa seule dimension insurgée serait ignorer sa capacité à explorer les méandres de l'âme humaine, à célébrer la beauté du monde ou à interroger le mystère de l'existence. Peut-être la force ultime de la poésie réside-t-elle justement dans cette tension permanente entre révolte et harmonie, entre cri et chant.
Pieges a eviter
- !Se contenter de paraphraser la citation sans la discuter véritablement.
- !Oublier de citer des œuvres précises et des exemples concrets (titres, auteurs, procédés).
- !Ne pas équilibrer les parties : trop insister sur la dimension politique au détriment de la dimension formelle, ou inversement.
- !Confondre engagement politique et simple expression de sentiments personnels.
