Français - Bac 2025
Métropole - Session normale
Epreuve du 15 juin 2025
Consigne officielle
Le candidat traitera, au choix, l'un des sujets suivants.
Sujet 1
Enonce
Commentaire
Vous commenterez le texte suivant :
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. »
Problematique
Comment Baudelaire, à travers une description allégorique du spleen, exprime-t-il la condition tragique de l'homme moderne prisonnier de son ennui existentiel ?
Introduction redigee
Extrait du recueil Les Fleurs du Mal publié en 1857, ce poème en vers réguliers appartient à la section "Spleen et Idéal" où Baudelaire explore les tensions entre aspiration spirituelle et déchéance matérielle. Ce texte décrit avec une intensité dramatique l'état de spleen, ce mal de l'âme caractéristique de la modernité baudelairienne. Nous analyserons comment le poète, à travers une description allégorique, exprime la condition tragique de l'homme moderne prisonnier de son ennui existentiel. Nous étudierons d'abord la métaphore filée de l'emprisonnement, puis la vision pessimiste de la condition humaine qui s'en dégage.
Plan detaille
I. Une métaphore filée de l'emprisonnement et de l'oppression
- •Le champ lexical carcéral : "cachot humide", "vaste prison", "barreaux"
- •Les comparaisons oppressantes : "ciel bas et lourd pèse comme un couvercle", "Espérance, comme une chauve-souris"
- •L'omniprésence de la claustrophobie : "embrassant tout le cercle", "au fond de nos cerveaux"
II. Une vision pessimiste de la condition humaine
- •L'anéantissement de l'espérance : personnification de l'Espérance battant "les murs de son aile timide"
- •L'image de la déchéance mentale : "infâmes araignées" tissant leurs filets dans les cerveaux
- •La révolte vaine : les cloches qui lancent "un affreux hurlement" comme des "esprits errants et sans patrie"
Conclusion redigee
Ce poème constitue ainsi une puissante évocation du spleen baudelairien, où l'angoisse existentielle se matérialise en images concrètes d'emprisonnement et de déchéance. Baudelaire réussit à donner une forme poétique à ce sentiment indéfinissable qu'est l'ennui moderne, créant une véritable mythologie de la mélancolie. Cette exploration du mal-être intérieur annonce les préoccupations des poètes symbolistes et trouve des échos dans la littérature du XXe siècle, notamment chez les existentialistes qui feront de l'angoisse un motif central.
Pieges a eviter
- !Se contenter de paraphraser les images sans les analyser
- !Oublier de citer le texte pour étayer l'analyse
- !Négliger la dimension allégorique du poème
Sujet 2
Enonce
Dissertation
« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » (Paul Valéry)
Vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.
Problematique
Dans quelle mesure la poésie, loin de n'être qu'une expression personnelle de l'inspiration, constitue-t-elle un acte de transmission et de création destiné à éveiller le lecteur ?
Introduction redigee
Paul Valéry, poète et théoricien de la littérature, affirme dans ses Cahiers que « Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré ». Cette citation déplace le centre de gravité de la création poétique : elle ne résiderait plus principalement dans une inspiration reçue par le poète, mais dans sa capacité à la communiquer et à la faire naître chez autrui. Cette conception s'oppose à l'image romantique du poète-vate, simple réceptacle d'une inspiration transcendante. Pourtant, la poésie n'a-t-elle pas souvent été définie comme l'expression privilégiée d'une sensibilité et d'une vision personnelles ? Nous nous demanderons donc dans quelle mesure la poésie, loin de n'être qu'une expression personnelle de l'inspiration, constitue-t-elle un acte de transmission et de création destiné à éveiller le lecteur. Nous verrons d'abord que le poète est traditionnellement perçu comme une figure inspirée, avant de montrer comment il peut devenir un inspirateur, pour enfin considérer comment le travail poétique lui-même transcende cette dualité.
Plan detaille
I. Le poète comme figure inspirée : la poésie comme expression d'une sensibilité singulière
- •L'expression du moi lyrique et des émotions personnelles - Les Fleurs du Mal de Baudelaire (ex: « Spleen » LXXVIII)
- •La poésie comme saisie d'un état de grâce ou de vision - Les Illuminations de Rimbaud (ex: « Alchimie du verbe »)
II. Le poète comme inspirateur : une poésie qui vise à transformer le lecteur et le monde
- •La poésie engagée comme appel à l'action et à la réflexion - Les Châtiments de Hugo (ex: « Souvenir de la nuit du 4 »)
- •La poésie comme révélation et éducation du regard - Alcools d'Apollinaire (ex: « Zone ») et la notion de « surprise » poétique
III. Le poète comme artisan du langage : l'inspiration maîtrisée au service d'une création qui dépasse l'auteur
- •Le travail formel et l'alchimie verbale - l'hermétisme mallarméen et la recherche de l'effet chez Valéry lui-même (« Le Cimetière marin »)
- •La poésie comme objet autonome qui vit par le lecteur - notion de « poésie pure » et les Calligrammes d'Apollinaire
Conclusion redigee
En définitive, l'affirmation de Valéry nous invite à repenser la fonction du poète. Si la figure de l'inspiré demeure présente, notamment dans la poésie lyrique et romantique, le poète se révèle surtout comme un inspirateur lorsqu'il engage son lecteur, éduque son regard ou crée un objet langagier autonome. Le travail poétique, cet « artisanat » cher à Valéry, permet précisément de transformer l'inspiration initiale en une œuvre capable de susciter à son tour l'inspiration chez le lecteur. La poésie apparaît alors moins comme l'expression d'un état que comme la création d'un potentiel. On pourrait élargir cette réflexion à la littérature dans son ensemble : tout écrivain n'est-il pas, fondamentalement, celui qui donne à voir et à penser, bien plus que celui qui se contente de traduire une expérience ?
Pieges a eviter
- !Se limiter à une analyse de la citation sans la discuter véritablement
- !Négliger l'ancrage dans les œuvres au profit de généralités sur la poésie
- !Oublier la dimension « lectures personnelles » dans les exemples
