HGGSP - Bac 2025
Métropole - Session normale
Epreuve du 15 juin 2025
Consigne officielle
Le candidat traitera l'un des deux sujets au choix.
Sujet 1
Enonce
Les États-Unis et la Chine peuvent-ils éviter le piège de Thucydide ?
Problematique
Dans quelle mesure la rivalité sino-américaine, qui semble s'inscrire dans le piège de Thucydide (conflit inévitable entre une puissance établie et une puissance montante), peut-elle être évitée ou atténuée par des mécanismes de coopération et de régulation des tensions ?
Introduction redigee
Le concept de « piège de Thucydide », popularisé par l'historien Graham Allison, décrit la dynamique historique où la montée en puissance d'un État provoque la crainte d'une puissance établie, rendant le conflit quasi inévitable. Les relations entre les États-Unis, hégémon mondial depuis la fin de la Guerre froide, et la Chine, dont la croissance économique et l'affirmation géopolitique sont spectaculaires depuis les années 2000, semblent s'inscrire dans cette logique. Des tensions commerciales sous Trump aux rivalités technologiques et militaires sous Biden, en passant par les contentieux territoriaux en mer de Chine, les points de friction se multiplient. Pourtant, une guerre ouverte entre ces deux géants aurait des conséquences catastrophiques pour l'équilibre mondial. Ainsi, nous pouvons nous demander dans quelle mesure la rivalité sino-américaine, qui semble s'inscrire dans le piège de Thucydide, peut-elle être évitée ou atténuée par des mécanismes de coopération et de régulation des tensions ? Nous analyserons d'abord en quoi cette rivalité présente effectivement les caractéristiques du piège historique, puis nous examinerons les mécanismes existants qui pourraient permettre d'éviter l'escalade, avant d'envisager les nouveaux paradigmes nécessaires pour gérer cette compétition systémique.
Plan detaille
I. La rivalité sino-américaine présente toutes les caractéristiques du piège de Thucydide
- •La Chine, puissance montante, remet en cause l'hégémonie américaine établie depuis 1945
- •Les tensions se cristallisent sur des enjeux stratégiques : Taïwan, mer de Chine méridionale, domination technologique
- •Exemple historique : la guerre du Péloponnèse entre Athènes (puissance montante) et Sparte (puissance établie)
II. Des mécanismes de régulation existent pour éviter l'escalade vers un conflit ouvert
- •L'interdépendance économique constitue un frein majeur à la confrontation directe (échanges commerciaux de 700 milliards de dollars)
- •Des cadres de dialogue diplomatique persistent malgré les tensions (réunions Biden-Xi, G20)
- •Exemple actuel : la gestion relativement contenue des incidents en mer de Chine méridionale grâce aux canaux de communication militaires
III. L'évolution vers une compétition systémique nécessite de nouveaux paradigmes de relations internationales
- •Le concept de piège de Thucydide n'est pas une fatalité historique : l'ordre multilatéral peut être réformé
- •La montée des enjeux globaux (climat, pandémies) pourrait imposer une coopération contrainte
- •Exemple : la coopération sino-américaine limitée mais réelle lors de la COP21 montre que des intérêts communs transcendent la rivalité
Conclusion redigee
En définitive, si la rivalité sino-américaine présente indéniablement les traits du piège de Thucydide – avec une puissance montante défiant l'hégémon établie sur tous les terrains –, son issue n'est pas écrite d'avance. L'interdépendance économique, les canaux diplomatiques persistants et la conscience des risques d'un conflit ouvert constituent des garde-fous significatifs. Cependant, éviter le piège nécessitera plus qu'une simple gestion des crises : cela impliquera probablement une refonte des institutions multilatérales pour intégrer le poids de la Chine, et la reconnaissance que certains enjeux globaux transcendent la compétition bipolaire. L'histoire ne se répète pas mécaniquement, et le XXIe siècle offre des outils de dialogue et de régulation inédits. La question n'est donc pas tant de savoir si le piège de Thucydide sera évité, mais plutôt sous quelle forme cette rivalité structurante pour l'ordre mondial pourra être canalisée vers une compétition pacifique plutôt que vers un conflit dévastateur.
Pieges a eviter
- !Réduire le sujet à une simple description des tensions actuelles sans profondeur historique
- !Négliger les dimensions économiques et technologiques au profit exclusif des aspects militaires
- !Oublier que le piège de Thucydide est un concept interprétatif, non une loi historique immuable
- !Ne pas mentionner les acteurs secondaires (UE, pays du Sud) qui influencent cette rivalité
Sujet 2
Enonce
Étude de documents
Document 1 : Carte de l'OTAN en 2024, montrant l'élargissement progressif de l'Alliance depuis 1949, avec les différents vagues d'adhésion et les partenariats spécifiques (Partenariat pour la Paix, Dialogue méditerranéen). Source : OTAN, 2024. Document 2 : Extrait du discours du président Emmanuel Macron à l'École de Guerre, 7 novembre 2019 : « Ce que nous sommes en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'OTAN. [...] Nous devons réexaminer la réalité de ce qu'est l'OTAN. [...] L'alliance avec les États-Unis n'est plus la même. [...] Nous avons besoin d'une Europe qui se défend par elle-même, de manière souveraine. »
Consigne : En analysant les deux documents, vous montrerez comment l'évolution de l'OTAN depuis la fin de la Guerre froide interroge à la fois son rôle actuel et la construction d'une défense européenne autonome.
Problematique
Dans quelle mesure l'évolution géopolitique et stratégique de l'OTAN depuis 1991, entre élargissement et questionnements sur sa pertinence, nourrit-elle le débat sur l'autonomie stratégique européenne ?
Introduction redigee
Fondée en 1949 dans le contexte de la Guerre froide, l'OTAN avait pour objectif principal la défense collective des démocraties occidentales face à la menace soviétique. La chute du bloc de l'Est en 1991 a profondément transformé son environnement stratégique, la conduisant à se réinventer. La carte du document 1 témoigne de cette adaptation par un élargissement spectaculaire vers l'Est, tandis que le discours d'Emmanuel Macron en 2019 (document 2) pointe une crise profonde de l'Alliance, remettant en cause son fonctionnement et sa finalité. Cette double dynamique, entre expansion et doute, invite à s'interroger sur la manière dont l'évolution de l'OTAN depuis 1991 nourrit le débat sur l'autonomie stratégique européenne. Nous analyserons d'abord la transformation et l'élargissement de l'OTAN après la Guerre froide, puis ses crises internes et les défis à sa cohésion, avant d'évaluer dans quelle mesure ces éléments alimentent le projet d'une défense européenne souveraine.
Plan detaille
I. L'OTAN post-Guerre froide : une alliance en quête de nouveaux rôles et d'un élargissement continu
- •La transformation d'une alliance défensive en organisation de sécurité collective intervenant hors zone (ex-Yougoslavie, Afghanistan).
- •L'élargissement à l'Est comme vecteur de stabilité mais aussi source de tensions avec la Russie (exemples : adhésions des pays baltes en 2004, candidatures de l'Ukraine et de la Géorgie).
II. Les remises en cause internes et externes : la "mort cérébrale" et les défis de la cohésion
- •Les divergences stratégiques et budgétaires entre les membres, notamment entre les États-Unis et les Européens (exemple : objectif des 2% du PIB pour la défense).
- •La dépendance européenne et la question du leadership américain, exacerbée par des déclarations comme celles de D. Trump ou d'E. Macron.
III. Vers une défense européenne autonome ? Complémentarité, concurrence ou nécessité face aux nouvelles menaces
- •Les initiatives européennes (PESCO, Fonds européen de la défense) comme réponses partielles, mais qui peinent à se substituer à l'OTAN.
- •La guerre en Ukraine (2022) comme catalyseur d'un réinvestissement dans l'OTAN tout en relançant le débat sur l'autonomie capacitaire de l'UE.
Conclusion redigee
En définitive, l'OTAN a su survivre à la fin de la Guerre froide en se transformant et en s'élargissant, devenant un acteur global de sécurité. Cependant, cette évolution n'a pas effacé les tensions internes, ni les doutes sur son efficacité et sa direction, cristallisés par la formule de la "mort cérébrale". Ces interrogations, couplées au retour de la guerre de haute intensité en Europe avec le conflit ukrainien, ont remis à l'ordre du jour la vieille idée d'une défense européenne autonome. Toutefois, loin de se substituer purement et simplement à l'OTAN, celle-ci semble se construire davantage dans une logique de complémentarité et de renforcement des capacités européennes au sein de l'Alliance atlantique. L'avenir de l'architecture de sécurité européenne repose donc sur un équilibre complexe entre le pilier transatlantique et le pilier européen.
Pieges a eviter
- !Se limiter à une description de la carte sans l'analyser géopolitiquement.
- !Prendre la déclaration de Macron pour la seule position française ou l'unique vérité sur l'OTAN, sans la nuancer.
- !Opposer de manière trop simpliste défense européenne et OTAN, sans évoquer les dynamiques de complémentarité.
- !Oublier de mentionner l'impact de la guerre en Ukraine (2022) dans le débat récent, même si les documents sont antérieurs.
