HLP - Bac 2025
Métropole - Session normale
Epreuve du 15 juin 2025
Consigne officielle
Le candidat traitera l'un des deux sujets au choix.
Sujet 1
Enonce
Interprétation: Texte de Pascal sur la condition humaine (Pensées)
Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
En quoi le divertissement, selon Pascal, révèle-t-il la condition humaine comme une tentative désespérée de fuir notre finitude, tout en constituant paradoxalement ce qui nous empêche de la penser véritablement ?
These de l'auteur
Référence : Blaise Pascal, *Pensées* (fragments 136 à 139 notamment). Explication : Pour Pascal, l'homme est un être paradoxal, un "roseau pensant", à la fois extrêmement faible dans l'univers (finitude physique) et infiniment grand par la conscience qu'il a de cette faiblesse. Le divertissement est le mécanisme psychologique universel par lequel il fuit la conscience angoissante de sa condition (ennui, néant, mort). Cette fuite est vaine et misérable, mais son analyse même constitue le premier pas vers la lucidité et, dans le projet apologétique de Pascal, vers la reconnaissance de la nécessité de Dieu comme seule réponse à cette finitude insupportable. Le divertissement est donc le signe de la misère de l'homme sans Dieu.
Introduction redigee
« Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. » Dans ce fragment célèbre des *Pensées*, Blaise Pascal, philosophe et scientifique du XVIIe siècle, livre une analyse saisissante du *divertissement*, qu'il définit moins comme un simple amusement que comme tout ce qui nous détourne de penser à notre condition. Le sujet nous invite à interpréter cette notion clé pour comprendre la vision pascalienne de la condition humaine, marquée par la *finitude* – notre limitation essentielle, notamment face à la mort et à l'infini. Le divertissement apparaît alors comme la réponse paradoxale et universelle que l'homme élabore pour échapper à l'angoisse de sa propre finitude. Mais cette fuite est-elle efficace ? Ne révèle-t-elle pas, plus qu'elle ne la comble, la misère de l'homme sans Dieu ? Nous nous demanderons ainsi en quoi le divertissement, selon Pascal, révèle la condition humaine comme une tentative désespérée de fuir notre finitude, tout en constituant paradoxalement ce qui nous empêche de la penser véritablement. Pour y répondre, nous analyserons d'abord le divertissement comme symptôme de la misère humaine, puis nous en explorerons le paradoxe fondamental qui perpétue cette misère, avant de voir comment la lucidité sur ce mécanisme peut ouvrir une voie vers une relation plus authentique à notre condition.
Plan detaille
I. Le divertissement comme symptôme de la misère de l'homme sans Dieu
- •Le divertissement est une fuite active de soi : Pascal montre que l'homme court après les occupations (jeux, affaires, conquêtes) non pour le bonheur qu'elles procurent, mais pour éviter de se regarder et de penser à sa condition. Exemple : le chasseur qui poursuit le lièvre pour l'activité elle-même, non pour la prise.
- •Il révèle l'ennui et l'inquiétude fondamentale : l'homme ne supporte pas le repos et le silence car ils le confrontent à son vide intérieur et à sa mortalité. Exemple : le roi qui, laissé seul à réfléchir, découvrirait son néant et sa vulnérabilité.
- •Le divertissement masque la finitude et la mortalité : en nous projetant dans l'avenir (projets, ambitions) ou en nous absorbant dans le présent, il nous détourne de la pensée de la mort, source d'angoisse. Exemple : la vie sociale et mondaine comme théâtre permanent pour oublier notre condition de 'roseau pensant' fragile.
II. Le paradoxe du divertissement : il perpétue la misère qu'il prétend fuir
- •Il entretient un cycle de dépendance et d'insatisfaction : le bonheur promis est toujours reporté (on vise un but, mais une fois atteint, on en cherche un autre), créant une agitation vaine. Exemple : la poursuite des honneurs ou des richesses qui ne comblent jamais.
- •Il nous aliène en nous faisant prendre les moyens pour la fin : on s'attache aux occupations pour elles-mêmes, oubliant la question du sens et du salut. Exemple : le magistrat ou le militaire qui s'identifie à sa fonction pour donner un contour à une existence autrement inconsistante.
- •Il empêche la conversion du regard et la recherche du vrai bonheur : en nous détournant de notre intériorité, il nous éloigne de la possibilité de reconnaître notre misère et, par là, de chercher Dieu, seule réponse à notre finitude selon Pascal. Exemple : le 'divertissement' opposé à la 'pensée' et à la 'prière' dans le fragment 168.
III. Au-delà de la condamnation : la lucidité pascalienne comme voie vers une authentique condition humaine
- •Reconnaître le divertissement pour ce qu'il est permet une prise de conscience salutaire : l'analyse de Pascal n'est pas moralisatrice mais diagnostique. Comprendre ce mécanisme, c'est faire le premier pas vers la lucidité sur sa condition. Exemple : le fragment 139 qui invite à voir la 'grandeur' de l'homme dans sa capacité à connaître sa misère.
- •De cette lucidité peut naître une autre relation à la finitude : non plus la fuite, mais l'acceptation et la recherche d'un fondement stable. Pour Pascal, c'est la foi qui donne un sens à la finitude. Pour une lecture laïque, cela peut évoquer la possibilité d'assumer sa liberté et sa responsabilité face au néant. Exemple : la figure du 'roseau pensant', faible mais conscient, qui trouve sa dignité dans la pensée même de sa finitude.
Conclusion redigee
En définitive, l'analyse pascalienne du divertissement offre une clé de lecture profonde et désillusionnée de la condition humaine. Loin d'être un simple loisir, le divertissement est l'activité par laquelle l'homme tente de fuir le face-à-face angoissant avec sa propre finitude, révélant ainsi sa misère et son vide intérieur. Mais, dans un mouvement dialectique, cette fuite se retourne contre lui : en l'occupant sans cesse, elle l'empêche de se connaître véritablement et de chercher un remède à sa condition, l'enfermant dans un cycle d'insatisfaction. Pascal ne se contente pas de ce constat sombre ; il y voit le point de départ d'une possible conversion. Prendre conscience de ce mécanisme de fuite, c'est faire acte de lucidité, premier pas vers la reconnaissance de notre état et, pour le croyant, vers la recherche de Dieu comme seul fondement stable. Ainsi, la pensée de Pascal nous invite, au-delà de la condamnation morale du divertissement, à interroger notre propre rapport à l'occupation et au temps, pour peut-être retrouver, dans l'acceptation de notre finitude, la dignité du roseau pensant.
Pieges a eviter
- !Se limiter à une définition courante et moralisatrice du divertissement (simple amusement ou loisir futile), sans saisir sa dimension anthropologique fondamentale chez Pascal (tout ce qui détourne de penser à sa condition).
- !Oublier le contexte apologétique des *Pensées* : pour Pascal, le diagnostic de la misère par le divertissement prépare la démonstration de la nécessité de la foi chrétienne. Une interprétation purement existentialiste serait réductrice.
- !Traiter les notions de "condition humaine" et de "finitude" de manière trop vague ou générale, sans les ancrer précisément dans l'analyse pascalienne (l'homme comme être contradictoire, entre grandeur et misère, aspirant à l'infini mais condamné à mourir).
Sujet 2
Enonce
Essai: La mémoire est-elle un obstacle à l'innovation ?
Traitez ce sujet de manière complète et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
La mémoire, en tant que conservation du passé et des traditions, constitue-t-elle nécessairement un frein au processus d'innovation, ou peut-elle au contraire en être la condition et le terreau fécond ?
These de l'auteur
Paul Ricœur, dans *La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli*, offre une perspective éclairante. Il distingue la mémoire « empêchée » ou « abusée » (qui peut être manipulée et figée, donc obstacle) de la mémoire « exercée » dans sa fonction critique et narrative. Pour Ricœur, un travail de mémoire juste, qui intègre aussi la nécessité de l'oubli, est indispensable pour construire un « présent habitable » et ouvrir un avenir. L'innovation responsable suppose ainsi une « juste mémoire », capable de faire un usage critique du passé pour orienter l'action future, évitant à la fois la fascination paralysante pour le passé et l'ivresse amnésique du « toujours nouveau ».
Introduction redigee
« Celui qui contrôle le passé contrôle le futur. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. » Cette célèbre maxime de George Orwell dans *1984* pointe le lien organique et potentiellement conflictuel entre la mémoire et le devenir. L'innovation, entendue comme la capacité à introduire du nouveau, à créer des ruptures dans les domaines technique, scientifique, artistique ou social, semble a priori s'opposer à la mémoire, définie comme la faculté de conserver et de se remémorer le passé, ainsi qu'à la tradition qui en est la transmission collective. Le sujet invite ainsi à interroger une apparente contradiction : la mémoire, en ancrant la pensée et l'action dans ce qui a déjà été, ne risque-t-elle pas d'entraver l'audace et la liberté nécessaires à l'éclosion de l'innovation ? Pourtant, innover, est-ce vraiment faire table rase du passé ? Ne faut-il pas, au contraire, connaître ce qui a été fait pour pouvoir le dépasser ? Cette question engage une réflexion sur la dynamique du progrès et la nature même de la création. Nous analyserons d'abord en quoi la mémoire peut effectivement constituer un obstacle psychologique, social et intellectuel à l'innovation. Nous verrons ensuite qu'elle en est aussi une ressource et une condition indispensable. Enfin, nous montrerons que c'est dans une relation dialectique, où une mémoire critique et sélective dialogue avec le désir de nouveauté, que peut s'épanouir une innovation véritablement féconde et responsable.
Plan detaille
I. La mémoire comme obstacle à l'innovation : le poids du passé et la tyrannie de la tradition
- •La mémoire peut figer la pensée dans des schémas hérités, empêchant l'émergence de perspectives nouvelles. Exemple : La scolastique médiévale, fondée sur la mémoire et le commentaire des textes d'Aristote, a longtemps retardé l'avènement de la méthode scientifique expérimentale en s'opposant aux innovations de Galilée.
- •La mémoire collective, notamment sous forme de traditions, peut imposer des normes sociales et techniques qui résistent au changement. Exemple : Les corporations sous l'Ancien Régime, gardiennes de la mémoire des métiers et de leurs règles, ont souvent freiné l'innovation technique par peur de la concurrence et de la disruption des savoir-faire.
- •La mémoire des échecs passés peut générer une frilosité et une aversion au risque, paralysant l'audace nécessaire à l'innovation. Exemple : La mémoire du krach de 1929 a longtemps influencé les politiques économiques, rendant les acteurs prudents face à des innovations financières jugées trop risquées.
II. La mémoire comme ressource pour l'innovation : le passé comme matériau et tremplin
- •L'innovation procède souvent d'une relecture, d'un détournement ou d'une synthèse d'éléments mémorisés. Exemple : La Renaissance artistique est une innovation majeure qui s'est nourrie de la mémoire redécouverte de l'Antiquité gréco-romaine, créant un style nouveau à partir de cet héritage réinterprété.
- •La mémoire des savoirs et des techniques constitue un capital indispensable sur lequel s'appuyer pour progresser. Exemple : Les innovations en médecine (comme les vaccins à ARN messager) sont impossibles sans la mémoire accumulée des découvertes précédentes en biologie moléculaire et en immunologie.
- •La mémoire des erreurs passées est cruciale pour innover de manière responsable et éviter de reproduire des catastrophes. Exemple : La mémoire des accidents industriels (comme Bhopal ou Tchernobyl) a conduit à innover en matière de normes de sécurité et de culture du risque, rendant les nouvelles technologies plus sûres.
III. Vers une dialectique féconde : une mémoire critique et sélective au service d'une innovation responsable
- •L'innovation la plus féconde naît d'un dialogue critique avec la mémoire, qui implique de savoir à la fois conserver, rejeter et transformer. Exemple : Les Lumières ont innové en philosophie politique (avec les concepts de droits de l'homme et de séparation des pouvoirs) non en effaçant la mémoire du passé, mais en opérant un tri critique entre les traditions à rejeter (l'absolutisme) et les principes à conserver et amplifier (certains idéaux antiques).
- •Une mémoire vivante, et non momifiée, est une condition de l'innovation durable, car elle permet d'inscrire le nouveau dans une continuité sensée et partagée. Exemple : L'innovation architecturale contemporaine durable (écologique) intègre souvent la mémoire des techniques de construction vernaculaires (bioclimatisme, matériaux locaux), les combinant avec les technologies modernes pour créer du nouveau pertinent et adapté.
Conclusion redigee
En définitive, affirmer que la mémoire est un obstacle à l'innovation serait adopter une vision simpliste et dangereuse du progrès, confondant innovation et table rase. Notre réflexion a montré que si la mémoire peut, dans certaines de ses formes (dogmatique, figée, non critique), entraver le mouvement novateur en imposant le poids des habitudes et des autorités passées, elle n'en est pas moins la matrice sans laquelle aucune innovation digne de ce nom n'est possible. L'innovation authentique ne naît pas du néant, mais d'un travail de relecture, de combinaison et de dépassement des acquis mémorisés. La solution réside donc dans une dialectique exigeante : il s'agit de cultiver une mémoire vive, critique et sélective, capable de distinguer ce qu'il faut conserver comme patrimoine fécond de ce qu'il faut rejeter comme entrave. Une telle mémoire n'est pas un obstacle, mais le terreau et le garde-fou d'une innovation qui, sans elle, risquerait de sombrer dans la répétition stérile ou l'irresponsabilité destructrice. On pourrait, pour ouvrir la réflexion, se demander si à l'ère du numérique et de l'hypermnésie, où tout semble archivé et accessible, c'est finalement moins la mémoire que l'oubli qui pourrait devenir l'obstacle le plus redoutable à une innovation véritablement créatrice.
Pieges a eviter
- !Réduire le sujet à un simple débat pour/contre sans construire une progression dialectique. Il faut montrer la complexité du rapport mémoire/innovation.
- !Confondre mémoire et tradition, ou innovation et progrès. Bien définir ces notions en introduction est crucial. L'innovation peut être régressive, la mémoire peut être critique.
- !Se contenter d'exemples anecdotiques ou uniquement techniques. Il faut mobiliser des exemples variés (scientifiques, artistiques, politiques, sociaux) et les analyser pour étayer l'argumentation.
