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Philosophie - Bac 2022

Métropole - Session normale

Epreuve du 15 juin 2022

Duree : 4h
2 questions
Coef. 8
1 sujet au choix parmi 2

Consigne officielle

Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.

dissertation

Sujet 1

20 points

Enonce

La liberté consiste-t-elle à n'obéir qu'à soi-même ?

Notions :LibertéDevoir
Difficulte : moyen
Mode examen

Problematique

Si la liberté semble s'opposer à toute forme d'obéissance, peut-on pour autant la définir comme une pure autonomie, un refus de toute loi extérieure, ou cette conception ne risque-t-elle pas de se confondre avec un simple caprice individuel ?

Introduction redigee

L'idée commune de la liberté l'associe souvent à l'indépendance et à l'absence de contrainte. Ainsi, être libre semblerait signifier n'avoir de compte à rendre à personne et n'obéir qu'à sa propre volonté. Pourtant, cette définition pose problème : un individu qui n'obéirait qu'à ses désirs immédiats est-il vraiment libre, ou simplement esclave de ses passions ? À l'inverse, l'obéissance à une loi extérieure, qu'elle soit sociale ou morale, est-elle nécessairement une aliénation ? Nous devons donc nous demander si la liberté se réduit à une pure autonomie individuelle, ou si elle nécessite, paradoxalement, une certaine forme d'obéissance. Nous verrons d'abord que la tradition philosophique définit souvent la liberté comme l'obéissance à sa propre raison (I), avant d'en montrer les limites et les illusions (II), pour finalement envisager une liberté qui intègre la nécessité et le rapport à autrui (III).

Plan detaille

I. La liberté comme autonomie rationnelle : obéir à sa propre loi
  • Rousseau, Du Contrat Social : l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. La liberté civile n'est pas l'absence de loi, mais la participation à son élaboration.
  • Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs : l'autonomie de la volonté comme capacité à se donner à soi-même sa propre loi morale (impératif catégorique). Être libre, c'est agir par devoir, selon la raison.
II. Les limites de l'autonomie pure : l'illusion du moi souverain et la nécessité de l'altérité
  • Nietzsche, Par-delà bien et mal : critique de l'illusion du sujet libre et autonome. Notre volonté est le résultat de forces inconscientes et de pulsions. Croire n'obéir qu'à soi-même est une fiction.
  • Sartre, L'Existentialisme est un humanisme : l'homme est 'condamné à être libre', mais cette liberté se construit toujours dans une situation, en rapport avec autrui et le monde. La liberté absolue est une abstraction.
III. Pour une liberté située et responsable : l'obéissance comme choix éclairé
  • Spinoza, Éthique : la vraie liberté n'est pas le libre arbitre (illusion), mais la connaissance adéquate des causes qui nous déterminent. Être libre, c'est comprendre la nécessité et y consentir activement.
  • Arendt, La Crise de la culture : la liberté politique n'existe que dans l'espace public, à travers la délibération et l'action commune. Elle implique de se soumettre aux règles du débat pour construire un monde commun.

Conclusion redigee

En définitive, la liberté ne consiste pas à n'obéir qu'à soi-même, si l'on entend par là suivre ses seuls désirs ou caprices. Cette conception naïve mènerait à l'isolement et à l'arbitraire. La liberté authentique est un processus plus complexe : elle implique de se connaître, de comprendre les déterminismes qui nous influencent, et de consentir de manière éclairée à des lois – qu'elles soient morales, rationnelles ou sociales – qui structurent notre existence individuelle et collective. Ainsi, être libre, c'est peut-être moins refuser toute obéissance que choisir lucidement à quoi et à qui l'on consent à obéir pour construire une vie digne et un monde commun. On pourrait alors se demander si la plus haute forme de liberté ne résiderait pas dans la capacité à s'engager librement pour des causes qui nous dépassent.

Pieges a eviter

  • !Réduire la liberté au simple 'faire ce que l'on veut' sans interroger la nature de ce 'vouloir'.
  • !Opposer de manière trop simpliste liberté et obéissance, sans voir que certaines formes d'obéissance (à la raison, à une loi juste) peuvent être libératrices.
  • !Oublier de traiter la dimension politique et sociale de la liberté (liberté civile, droits) pour se cantonner à une perspective purement individuelle et métaphysique.
explication texte

Sujet 3

20 points

Enonce

Expliquez le texte suivant de Hannah Arendt (La Condition de l'homme moderne, 1958) :

« L'action est la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l'intermédiaire des choses ou de la matière, conformément à la condition humaine de la pluralité, à savoir que ce sont des hommes et non pas l'Homme qui vivent sur terre et habitent le monde. Tandis que toutes les autres activités seraient superflues si l'homme était un être singulier, l'action est la condition même de toute vie politique. »

Notions :La politiqueLa liberté
Difficulte : difficile
Mode examen

Problematique

En quoi l'action, définie comme relation directe entre les hommes, constitue-t-elle le fondement nécessaire de la vie politique et l'expression de la condition humaine de pluralité ?

These de l'auteur

Référence à Aristote. Dans 'La Politique', Aristote définit l'homme comme un 'zoon politikon' (animal politique), dont la spécificité est de posséder le logos (la parole raisonnée) qui lui permet de discuter du juste et de l'injuste. Arendt reprend et radicalise cette idée : l'action et la parole sont les activités proprement politiques qui réalisent cette nature. Cependant, elle s'éloigne d'Aristote en refusant une finalité naturelle prédéterminée, insistant sur le caractère contingent et libre de l'action comme commencement.

Introduction redigee

Dans 'La Condition de l'homme moderne', Hannah Arendt entreprend une phénoménologie des activités humaines fondamentales pour penser la crise du monde contemporain. Le texte proposé opère une distinction cruciale entre l'action et les autres activités (travail, œuvre), pour en faire le cœur de l'existence politique. Arendt définit l'action comme l'activité qui met directement en rapport les hommes, sans médiation matérielle, et l'ancre dans la 'condition humaine de la pluralité'. Cette pluralité signifie que l'humanité n'est pas une essence singulière, mais existe toujours dans la diversité des individus. Dès lors, si le travail et l'œuvre pourraient subsister pour un être isolé, l'action, elle, serait superflue. Arendt en conclut que l'action est la condition même de toute vie politique. Ce passage invite à une réflexion sur l'essence du politique : est-il réductible à la gestion des choses, ou trouve-t-il son fondement dans un type spécifique de relation entre les hommes ? Nous devons donc expliquer en quoi l'action, conçue comme relation intersubjective pure, constitue le fondement nécessaire de la vie politique et l'expression de la condition humaine de pluralité. Pour cela, nous analyserons d'abord la spécificité de l'action comme relation directe fondée sur la pluralité. Puis, nous montrerons comment elle est le principe générateur de la sphère politique. Enfin, nous en explorerons les implications, entre liberté constitutive et vulnérabilité historique.

Plan detaille

I. L'action comme relation intersubjective pure, fondée sur la pluralité humaine
  • Argument 1 détaillé avec exemple : L'action se distingue du travail et de l'œuvre car elle ne passe pas par la médiation des objets. Le travail répond aux nécessités biologiques (produire de la nourriture), l'œuvre fabrique un monde durable (construire une maison), mais l'action est l'activité qui a lieu directement entre les hommes, comme un débat public ou une promesse mutuelle. Elle est la seule à correspondre strictement au 'qui' quelqu'un est, et non au 'quoi' qu'il produit.
  • Argument 2 détaillé avec exemple : La condition de cette action est la pluralité : 'des hommes, et non pas l'Homme'. Cela signifie que l'humanité existe toujours au pluriel, dans la différence et l'égalité. L'action naît de cette diversité et la requiert. Par exemple, une décision politique n'a de sens que parce qu'elle émerge de la délibération entre des perspectives différentes, et non d'une volonté unique et solitaire.
  • Argument 3 détaillé avec exemple : Cette relation directe est la source de la natalité et de l'imprévisibilité. Agir, c'est initier quelque chose de nouveau, prendre un risque dont les conséquences dépendent des réactions d'autrui. L'exemple historique de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789 est un acte fondateur dont les effets imprévisibles ont redéfini les relations politiques en Europe.
II. L'action comme condition nécessaire et principe générateur de la sphère politique
  • Argument 1 détaillé avec exemple : Sans action, la vie politique est impossible. Arendt affirme que les autres activités (travail, œuvre) pourraient exister pour un être singulier (un Robinson Crusoé peut travailler et fabriquer des objets), mais l'action, elle, est superflue dans l'isolement. La politique commence là où les hommes agissent et parlent ensemble. L'Agora athénienne en est l'archétype : un espace public où les citoyens se rencontrent pour discuter et décider des affaires communes.
  • Argument 2 détaillé avec exemple : L'action crée et entretient l'espace public lui-même, cet 'entre-les-hommes' où la liberté peut apparaître. Cet espace n'est pas un lieu physique, mais un réseau de relations tissé par les paroles et les actes. Les mouvements des droits civiques (comme celui mené par Martin Luther King) ont consisté en des actions (marches, discours, désobéissance civile) qui ont créé un nouvel espace public de discussion sur l'égalité raciale.
  • Argument 3 détaillé avec exemple : La politique authentique est donc l'organisation et la préservation de cette capacité d'agir ensemble. Elle n'est pas d'abord une affaire de domination (pouvoir sur) ou d'administration, mais de concertation et d'initiative commune (pouvoir avec). Les conseils ouvriers (soviets) ou les communes, éphémères, illustrent cette forme politique où le pouvoir émane directement de l'action collective et délibérative.
III. Les implications et les fragilités de l'action : entre liberté et vulnérabilité
  • Argument 1 détaillé avec exemple : L'action est l'activité de la liberté par excellence. Elle échappe à la logique des moyens et des fins (car ses conséquences sont illimitées) et manifeste la capacité humaine à commencer du nouveau. La chute du mur de Berlin en 1989 fut moins un résultat planifié qu'une action collective imprévisible, un surgissement de liberté dans l'espace public qui a redéfini l'ordre géopolitique.
  • Argument 2 détaillé avec exemple : Mais cette liberté est fragile. L'action, parce qu'elle dépend du réseau des relations humaines, est vulnérable : elle peut être étouffée par la domination totalitaire qui isole les individus, ou dégradée par la société de masse où le 'travail' et la 'consommation' remplacent l'action et le débat. Le régime nazi, en détruisant l'espace public et en réduisant les hommes à l'isolement et à l'identique (la masse), a annihilé la possibilité même de l'action politique authentique.

Conclusion redigee

L'explication de ce texte d'Arendt révèle ainsi une conception rigoureuse et exigeante de la politique. L'action, définie par la parole et l'initiative entre les hommes distincts, n'est pas une activité parmi d'autres, mais la condition de possibilité de l'espace public et de la liberté politique. Elle s'enracine dans la pluralité, ce fait que le monde est habité par des êtres différents et égaux, et non par une entité unique. Par conséquent, la vie politique authentique n'est pas l'administration des nécessités vitales (travail) ni la fabrication d'un monde durable (œuvre), mais la délibération et l'action concertée dans cet 'entre-deux' que les hommes créent par leur présence et leur parole. La thèse d'Arendt offre un puissant critère pour juger des régimes politiques : ceux qui étouffent la pluralité et l'initiative, au profit de l'uniformité ou de la pure gestion, trahissent l'essence du politique. En ouvrant la réflexion, on peut interroger les formes contemporaines de cet espace public à l'ère numérique : les réseaux sociaux, médiatisés par la technique, permettent-ils une action au sens arendtien, ou reconduisent-ils une forme de travail et de consommation sociale qui évacue la rencontre directe et imprévisible ?

Pieges a eviter

  • !Piège à éviter 1 : Confondre l'action arendtienne avec n'importe quel faire ou activité. Il ne s'agit pas d'agir sur les choses, mais d'agir parmi les hommes. Il faut bien distinguer action, travail (cycle vital) et œuvre (fabrication).
  • !Piège à éviter 2 : Réduire la politique à la domination, à l'État ou à l'administration. Pour Arendt, c'est l'inverse : la politique naît de l'action libre entre égaux. Il faut expliquer en quoi l'action est la condition de la politique, et non son produit.
  • !Piège à éviter 3 : Oublier le lien intrinsèque entre action, pluralité et natalité. La pluralité n'est pas une simple multiplicité, mais la condition de la différence et de la nouveauté (chaque naissance est l'arrivée d'un être nouveau capable d'initier).

Informations

MatierePhilosophie
Session2022
CentreMétropole
Filieregenerale
Coefficient8
Source : Généré par IA (DeepSeek) - Sujet type Bac