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Philosophie - Bac 2023

Métropole - Session normale

Epreuve du 15 juin 2023

Duree : 4h
3 questions
Coef. 8
1 sujet au choix parmi 3

Consigne officielle

Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.

dissertation

Sujet 1

20 points

Enonce

La liberté consiste-t-elle à n'obéir qu'à soi-même ?

Notions :LibertéDevoir
Difficulte : moyen
Mode examen

Problematique

La liberté se réduit-elle à l'autonomie individuelle, ou implique-t-elle nécessairement des contraintes extérieures à soi pour se réaliser pleinement ?

These de l'auteur

Emmanuel Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, défend l'idée que la liberté authentique est l'autonomie. Pour lui, être libre, ce n'est pas suivre ses inclinations sensibles (ce qui serait une forme d'hétéronomie, d'obéissance à des causes extérieures), mais obéir à la loi morale que la raison pratique se donne à elle-même. L'impératif catégorique (« Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle ») est l'expression de cette auto-législation. Ainsi, la liberté suprême consiste à n'obéir qu'à sa propre raison législatrice universelle.

Introduction redigee

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Cette célèbre formule de Rousseau semble faire de la liberté l’état naturel de l’homme, perdu par la vie en société. Le sujet « La liberté consiste-t-elle à n’obéir qu’à soi-même ? » interroge précisément ce lien entre liberté et autonomie. La liberté, entendue comme absence de contrainte extérieure, semble en effet se définir par la capacité à agir selon sa propre volonté, sans être entravé par autrui. Obéir, à l’inverse, implique une soumission à une autorité extérieure, qu’elle soit une personne, une loi ou une norme sociale. La question posée suggère donc que la véritable liberté résiderait dans l’indépendance absolue, dans l’auto-législation. Pourtant, cette conception ne risque-t-elle pas de confondre liberté et caprice, ou de mener à l’isolement et à la loi du plus fort ? L’obéissance à des règles communes n’est-elle pas, au contraire, la condition même d’une liberté effective et partagée ? Nous devrons donc nous demander si la liberté se réduit à l’autonomie individuelle, ou si elle implique nécessairement des contraintes extérieures à soi pour se réaliser pleinement. Pour y répondre, nous examinerons d’abord l’idéal d’une liberté conçue comme obéissance à soi seul (I), avant d’en montrer les limites et la nécessité de la loi et de l’altérité (II). Enfin, nous chercherons une synthèse dans l’idée d’une obéissance à la raison et au bien commun comme accomplissement de la liberté (III).

Plan detaille

I. La liberté comme autonomie : n'obéir qu'à soi-même
  • L'idéal d'autonomie rationnelle : Pour Kant, la liberté authentique consiste à obéir à la loi morale que la raison se donne à elle-même, et non aux inclinations sensibles. Être libre, c'est être autonome, c'est-à-dire se donner sa propre loi (auto-nomos). Exemple : résister à une tentation immédiate par respect pour un principe moral que l'on s'est fixé.
  • La critique de l'aliénation sociale : Pour Rousseau, l'homme naît libre mais partout il est dans les fers. La société le corrompt en le soumettant à l'opinion d'autrui, à l'amour-propre et aux désirs artificiels. La liberté consiste à retrouver la voix de la conscience, qui est en nous. Exemple : refuser de suivre une mode absurde par conformisme social.
  • L'existentialisme et la responsabilité absolue : Pour Sartre, l'homme est condamné à être libre. Il n'a pas d'essence préétablie et doit inventer ses propres valeurs. N'obéir qu'à soi-même, c'est assumer cette responsabilité angoissante de se choisir sans excuses. Exemple : le choix d'un engagement politique ou amoureux qui engage toute notre existence.
II. Les limites de l'obéissance à soi seul : la nécessité de la loi et de l'altérité
  • L'illusion du moi souverain : L'idée d'un 'soi' entièrement indépendant est une fiction. Notre psyché est divisée (conscient/inconscient chez Freud) et nos désirs sont souvent contradictoires ou influencés par l'extérieur. Obéir à un désir immédiat peut être une forme d'esclavage. Exemple : l'addiction, où l'on obéit à une pulsion qui nous asservit.
  • La liberté nécessite un cadre : Pour Montesquieu, la liberté politique n'est pas de faire ce que l'on veut, mais de pouvoir faire ce que l'on doit vouloir dans le cadre des lois. La loi, bien que contraignante, protège la liberté de tous contre l'arbitraire des uns. Exemple : le Code de la route limite ma liberté de conduire comme je veux, mais garantit ma sécurité et celle des autres.
  • La reconnaissance par autrui : Pour Hegel, la liberté ne s'acquiert pas dans l'isolement, mais dans la confrontation et la reconnaissance mutuelle avec un autre être libre. La vraie liberté se construit dans un rapport dialectique à autrui, et non dans l'indifférence. Exemple : un contrat ou un pacte social où l'on renonce à une part de sa volonté immédiate pour obtenir une liberté plus grande et reconnue.
III. Vers une synthèse : l'obéissance à la raison et au bien commun comme accomplissement de la liberté
  • La liberté comme obéissance à la raison universelle : Dépasser l'opposition entre obéir à soi et obéir à autrui. Pour Spinoza, l'homme libre est celui qui vit sous la conduite de la raison, qui lui fait comprendre la nécessité des lois de la nature et agir en conséquence. Être libre, c'est comprendre et accepter ce qui est nécessaire. Exemple : le savant qui, comprenant les lois de la physique, utilise la force du vent pour naviguer.
  • La liberté dans et par la cité : Pour Aristote, l'homme est un animal politique. La liberté humaine ne s'épanouit pleinement que dans la vie de la cité (polis), où l'on participe à l'élaboration des lois et où l'on vise le bien commun. Obéir à la loi que l'on a contribué à établir, c'est obéir à une part éclairée de soi-même. Exemple : le citoyen qui vote et respecte les lois de la démocratie, trouvant dans cette participation sa dignité et sa liberté.

Conclusion redigee

En définitive, la liberté ne peut se réduire à n’obéir qu’à soi-même, car cette conception bute sur l’illusion d’un moi souverain et isolé. Si l’autonomie de la volonté, chère à Kant, est un moment essentiel de la liberté, celle-ci ne s’épanouit pleinement que dans un cadre qui la dépasse. La liberté authentique n’est pas l’absence de toute loi, mais l’obéissance à des lois que la raison peut comprendre et approuver, qu’elles soient les lois nécessaires de la nature (Spinoza) ou les lois justes de la cité (Aristote). Elle se construit ainsi dans un rapport dialectique à autrui et au monde, où l’on accepte certaines contraintes pour obtenir une liberté plus grande et partagée. La réponse au sujet est donc nuancée : la liberté consiste moins à n’obéir qu’à soi-même qu’à n’obéir qu’à ce qui, en soi et hors de soi, est raisonnable et juste. On pourrait alors ouvrir la réflexion sur les formes contemporaines d’aliénation : dans une société qui exalte l’individualisme et la satisfaction immédiate des désirs, ne sommes-nous pas souvent les esclaves d’un « soi » consumériste et influençable, croyant obéir à nous-mêmes alors que nous obéissons à des normes sociales internalisées ?

Pieges a eviter

  • !Réduire la liberté à un simple « faire ce que l'on veut » sans interroger la nature de ce « vouloir » (caprice, désir, raison).
  • !Opposer de manière trop simpliste l'individu et la société, sans voir comment la liberté peut se construire dans et par le lien social.
  • !Oublier de définir précisément les termes clés : « liberté » (autonomie, absence de contrainte, pouvoir d'agir), « consiste » (définition essentielle), « obéir » (soumission à une autorité) et « soi-même » (unité ou division du sujet).
dissertation

Sujet 2

20 points

Enonce

L'État doit-il limiter la liberté individuelle ?

Notions :ÉtatLiberté
Difficulte : moyen
Mode examen

Problematique

Comment concilier la nécessité pour l'État d'exercer un contrôle sur les individus pour assurer la vie collective, avec le principe fondamental de la liberté individuelle qui semble par essence échapper à toute contrainte ?

Introduction redigee

La liberté individuelle, aspiration fondamentale de l'homme moderne, semble s'opposer par nature à toute forme de contrainte. Pourtant, l'État, institution chargée d'organiser la vie collective, édicte nécessairement des lois qui restreignent nos actions. Cette tension pose la question de la légitimité de son pouvoir de limitation. L'État doit-il, pour remplir sa mission, borner la liberté des individus, ou au contraire, une telle entrave est-elle la négation même de son rôle protecteur ? Nous verrons d'abord que la contrainte étatique est la condition de la liberté en société, puis qu'elle peut devenir oppressive, avant d'envisager les principes qui pourraient fonder une limitation légitime.

Plan detaille

I. La limitation de la liberté est la condition même de l'existence de l'État et de la liberté collective
  • Argument du contrat social (Rousseau, "Du Contrat Social") : l'individu aliène sa liberté naturelle pour obtenir une liberté civile protégée par la loi.
  • Exemple concret : le Code de la route limite la liberté d'aller à la vitesse que l'on veut pour garantir la sécurité de tous, condition de la liberté de circuler.
II. L'État, par sa puissance coercitive, peut devenir un instrument d'oppression et menacer l'autonomie individuelle
  • Critique libérale (John Stuart Mill, "De la liberté") : le pouvoir de l'État doit s'arrêter là où commence la sphère privée de l'individu, sauf pour prévenir un tort direct à autrui.
  • Exemple historique : les régimes totalitaires du XXe siècle justifiant la suppression des libertés au nom d'un idéal collectif.
III. La limitation étatique, pour être légitime, doit viser à créer les conditions réelles de l'exercice de la liberté
  • Dépassement par la notion de liberté positive (Isaiah Berlin) : la vraie liberté n'est pas l'absence d'obstacles, mais la capacité réelle d'agir, ce qui peut nécessiter une intervention de l'État (éducation, santé).
  • Argument de l'État de droit : la limitation n'est acceptable que si elle est prévue par une loi générale, égale pour tous, et visant l'intérêt général, permettant ainsi une liberté sous la loi et non un arbitraire.

Conclusion redigee

Ainsi, l'État ne peut se dispenser de limiter les libertés individuelles, car c'est le prix de la vie sociale et de la garantie des droits de tous. Cependant, cette limitation n'est légitime que si elle est elle-même encadrée par le droit et vise non à réprimer, mais à rendre effectives les conditions d'exercice de la liberté pour chacun. La question n'est donc pas de savoir s'il faut limiter, mais comment et jusqu'où, pour que la loi, expression de la volonté générale, soit un cadre libérateur et non un carcan. On pourrait dès lors s'interroger : une société sans aucune contrainte étatique est-elle autre chose qu'une utopie dangereuse ou un retour à l'état de nature ?

Pieges a eviter

  • !Ne pas réduire le sujet à un simple débat "pour/contre" sans conceptualiser les notions d'État et de liberté.
  • !Éviter de confondre la limitation par la loi (générale et impersonnelle) avec l'arbitraire d'un pouvoir despotique.
explication texte

Sujet 3

20 points

Enonce

Expliquez le texte suivant de Hannah Arendt (La Condition de l'homme moderne, 1958) :

« L'action est la seule activité de la vita activa qui se passe directement entre les hommes sans l'intermédiaire des choses ou de la matière. Elle correspond à la condition humaine de la pluralité, au fait que ce sont des hommes, et non l'Homme, qui vivent sur terre et habitent le monde. Toute vie active est conditionnée par le fait de la pluralité humaine. »

Notions :La politiqueLa liberté
Difficulte : difficile
Mode examen

Problematique

En quoi l'action, comme activité spécifiquement humaine et politique, est-elle indissociable de la condition de pluralité qui définit l'existence des hommes en commun ?

These de l'auteur

La thèse d'Arendt s'inscrit en faux contre une tradition philosophique, notamment héritée de Platon, qui dévalorise le domaine des affaires humaines (le politique) au profit de la contemplation ou qui réduit la politique à une technique de gouvernement. Pour Arendt, au contraire, l'action en pluralité est l'activité la plus haute car elle réalise la liberté humaine dans sa dimension publique. Cette réhabilitation du politique comme espace d'apparition et de liberté trouve un écho chez Aristote, pour qui 'l'homme est un animal politique', mais Arendt radicalise cette idée en faisant de l'action le lieu de la natalité (commencement) et de la révélation de qui nous sommes.

Introduction redigee

Dans 'La Condition de l'homme moderne', Hannah Arendt propose une reconfiguration de l'activité humaine en distinguant le travail (assurant la survie), l'œuvre (créant un monde durable) et l'action, à laquelle est consacré notre extrait. Ce dernier définit l'action comme l'activité qui 'se passe directement entre les hommes sans l'intermédiaire des choses', l'opposant ainsi aux activités instrumentales. Elle l'ancre dans la 'condition humaine de la pluralité', soulignant que ce sont 'des hommes, et non l'Homme' qui habitent le monde. Cette affirmation concise mais dense engage une réflexion sur la spécificité de l'agir humain et ses conditions d'exercice. La problématique qui en découle est la suivante : en quoi l'action, comme activité spécifiquement humaine et politique, est-elle indissociable de la condition de pluralité qui définit l'existence des hommes en commun ? Pour y répondre, nous analyserons d'abord la nature relationnelle et libre de l'action, puis nous montrerons que la pluralité en est la condition fondamentale, avant d'en explorer les implications politiques majeures concernant l'espace public et la conception de la liberté.

Plan detaille

I. L'action comme activité spécifiquement humaine et relationnelle
  • L'action se distingue du travail et de l'œuvre par son caractère immédiatement relationnel : elle ne passe pas par la médiation des objets ou de la matière, mais se déploie directement entre les êtres humains. Exemple : un débat politique où les paroles et les gestes créent immédiatement un espace commun, contrairement à la fabrication d'un objet qui nécessite un intermédiaire matériel.
  • Cette immédiateté relationnelle fait de l'action le lieu par excellence de la liberté humaine, entendue comme capacité à initier du nouveau et à intervenir dans le cours des événements. Exemple : le geste de Rosa Parks refusant de céder sa place dans le bus, acte fondateur qui initie un mouvement collectif sans passer par des médiations matérielles.
  • L'action correspond ainsi à la condition humaine de la natalité (capacité à commencer du nouveau) et se manifeste dans la parole et l'acte qui révèlent l'unicité de chaque personne. Exemple : les discours de Martin Luther King qui, par la parole seule, font advenir une nouvelle réalité politique.
II. La pluralité comme condition fondamentale de l'action et de la politique
  • Arendt oppose radicalement 'des hommes' à 'l'Homme' : la pluralité n'est pas un accident mais l'essence de la condition humaine. Nous habitons le monde dans la différence et l'égalité fondamentale. Exemple : l'agora athénienne comme espace où des citoyens différents et égaux délibèrent.
  • Cette pluralité est la condition de possibilité de la politique authentique, qui n'est pas administration des choses mais délibération et action entre égaux différents. Exemple : le conseil ouvrier, forme politique où des individus différents coordonnent leurs actions sans hiérarchie prédéfinie.
  • La pluralité implique à la fois l'égalité (condition de compréhension mutuelle) et la distinction (source de la richesse des perspectives). Toute vie active - travail, œuvre, action - est conditionnée par cette réalité fondamentale. Exemple : une équipe de recherche scientifique où la diversité des perspectives (pluralité) conditionne la qualité du travail commun.
III. Les implications politiques de cette conception : espace public et liberté
  • L'action en pluralité fonde l'espace public comme lieu d'apparition où les hommes se révèlent mutuellement par la parole et l'acte. Cet espace est fragile car il dépend de la présence et de l'engagement continus des participants. Exemple : les assemblées révolutionnaires qui disparaissent quand cesse la participation active.
  • Cette conception permet de distinguer la liberté politique (agir-ensemble) de la liberté intérieure ou de l'absence de contraintes. La vraie liberté est publique et relationnelle. Exemple : le mouvement des droits civiques comme exercice collectif de liberté par l'action concertée.
  • Le risque moderne identifié par Arendt est la substitution de l'administration (gestion des choses) à la politique (action entre hommes), et du comportement (prévisible) à l'action (imprévisible). La défense de l'action est ainsi une défense de la dimension proprement humaine de l'existence.

Conclusion redigee

L'analyse arendtienne révèle ainsi que l'action n'est pas une activité parmi d'autres, mais celle qui actualise la condition spécifiquement humaine de la pluralité. En se déployant directement entre les hommes, sans médiation matérielle, elle fonde la dimension proprement politique de l'existence, distincte de la simple gestion ou administration. La pluralité – le fait que nous soyons à la fois égaux et différents – n'est pas un obstacle à surmonter mais la condition même qui rend l'action possible et nécessaire. Cette conception a des implications profondes : elle réhabilite une idée de la liberté comme capacité à agir de concert dans l'espace public, et elle nous alerte sur les dangers de sociétés où les relations humaines seraient médiatisées par les choses ou réduites à des comportements prévisibles. En définitive, comprendre l'action comme Arendt nous y invite, c'est reconnaître que la politique authentique commence là où des êtres singuliers décident d'agir ensemble, faisant ainsi advenir un monde commun toujours à reconstruire.

Pieges a eviter

  • !Ne pas réduire l'action à n'importe quel type d'activité humaine : Arendt lui donne un sens technique précis, distinct du travail et de l'œuvre.
  • !Éviter de comprendre la pluralité comme simple multiplicité numérique : c'est un concept philosophique désignant la coexistence d'êtres à la fois égaux (capables de se comprendre) et distincts (uniques).
  • !Ne pas séparer l'analyse du texte de la mise en perspective avec les notions au programme ('La politique', 'La liberté') : il faut explicitement les articuler.

Informations

MatierePhilosophie
Session2023
CentreMétropole
Filieregenerale
Coefficient8
Source : Généré par IA (DeepSeek) - Sujet type Bac

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