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Philosophie - Bac 2024

Métropole - Session normale

Epreuve du 18 juin 2024

Duree : 4h
3 questions
Coef. 8
1 sujet au choix parmi 3

Consigne officielle

Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.

dissertation

Sujet 1

20 points

Enonce

La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ?

Développez une réflexion philosophique ordonnée et argumentée.

Notions :La véritéLa raisonLa science
Themes :#science#vérité#raison#connaissance#épistémologie
Difficulte : moyen

Criteres d'evaluation

Problématique claire4 pts
Plan structuré4 pts
Références philosophiques5 pts
Exemples3 pts
Expression2 pts
Intro/conclusion2 pts
Mode examen

Problematique

La méthode scientifique est-elle le seul moyen d'accéder à la vérité, ou existe-t-il des domaines de la vérité qui échappent à la science ?

Introduction redigee

La science moderne, par ses découvertes spectaculaires, semble être le moyen le plus fiable d'accéder à la vérité. Pourtant, face aux grandes questions de l'existence — le sens de la vie, la justice, le bonheur —, la science reste souvent muette. Notre besoin de vérité peut-il être entièrement satisfait par la démarche scientifique ?

Plan detaille

I. La science semble pouvoir satisfaire notre besoin de vérité
  • Méthode expérimentale (Claude Bernard)
  • Progrès cumulatif des connaissances
  • Universalité des résultats scientifiques
II. Mais la science ne peut satisfaire tous nos besoins de vérité
  • Popper : la science progresse par réfutations, ses vérités sont provisoires
  • Les questions morales et existentielles échappent à la science
  • Pascal : vérités du cœur vs vérités de la raison
III. La science satisfait un besoin de vérité spécifique, mais pas tous
  • Kant : distinguer le savoir et la croyance
  • Complémentarité science/philosophie/art
  • Le besoin de vérité est pluriel

Conclusion redigee

La science satisfait notre besoin de vérité dans le domaine des phénomènes naturels, mais elle ne peut épuiser l'ensemble de notre quête de vérité. D'autres formes de savoir — philosophie, art, sagesse — sont nécessaires pour répondre aux questions qui donnent un sens à notre existence.

Pieges a eviter

  • !Opposer science et religion de façon simpliste
  • !Confondre vérité et certitude
dissertation

Sujet 2

20 points

Enonce

L'État nous doit-il quelque chose ?

Développez une réflexion philosophique ordonnée et argumentée.

Notions :L'ÉtatLe devoirLa justiceLa liberté
Themes :#État#devoir#contrat social#droits#citoyenneté
Difficulte : moyen

Criteres d'evaluation

Problématique claire4 pts
Plan structuré4 pts
Références philosophiques5 pts
Exemples3 pts
Expression2 pts
Intro/conclusion2 pts
Mode examen

Problematique

L'État a-t-il des obligations envers les citoyens, ou bien sa seule fonction est-elle de garantir l'ordre ?

Introduction redigee

Nous attendons beaucoup de l'État : sécurité, justice, éducation, santé. Mais ces attentes sont-elles légitimes ? L'État nous doit-il quelque chose, et si oui, quoi ? La question invite à interroger la nature du lien politique qui unit les citoyens à l'État.

Plan detaille

I. L'État a des devoirs envers ses citoyens (contrat social)
  • Hobbes : sécurité en échange de liberté
  • Rousseau : l'État garant de la volonté générale
  • Droits fondamentaux constitutionnels
II. L'État ne nous doit rien au-delà du cadre légal minimal
  • Libéralisme de Locke : l'État protège la propriété, pas plus
  • Nozick : l'État minimal
  • Le risque de l'État-providence paternaliste
III. Ce que l'État nous doit dépend de ce que nous lui devons
  • Réciprocité des droits et devoirs
  • Rawls : justice comme équité
  • La citoyenneté active comme condition

Conclusion redigee

L'État nous doit ce que le pacte social prévoit : sécurité, justice, respect des droits fondamentaux. Mais cette dette n'est pas unilatérale — elle suppose en retour l'engagement civique des citoyens.

Pieges a eviter

  • !Confondre État et gouvernement
  • !Oublier la dimension des devoirs du citoyen
explication texte

Sujet 3

20 points

Enonce

Explication d'un texte de Simone Weil, La Condition ouvrière (1943)

Expliquez le texte suivant.

Notions :Le travailLa libertéLa conscience
Themes :#travail#aliénation#liberté#conscience#condition ouvrière
Difficulte : difficile

Criteres d'evaluation

Thèse identifiée4 pts
Explication linéaire6 pts
Structure argumentative4 pts
Discussion critique4 pts
Expression2 pts
Mode examen

Problematique

Comment le travail ouvrier, dans sa réalité concrète, peut-il aliéner la conscience et la liberté de l'ouvrier, et quelles seraient les conditions d'un travail véritablement humain ?

These de l'auteur

La pensée de Simone Weil sur l'aliénation dans le travail peut être mise en dialogue avec celle de Karl Marx. Comme Marx dans 'Les Manuscrits de 1844', Weil décrit le travail aliéné comme une activité où l'ouvrier ne se reconnaît pas, où son produit lui est étranger. Cependant, Weil approfondit l'analyse du côté de l'expérience subjective et de la vie intérieure. Là où Marx insiste sur l'aliénation économique (l'exploitation, la propriété privée des moyens de production), Weil met l'accent sur l'aliénation spirituelle et attentionnelle : la destruction de la capacité de penser et d'être présent au monde. Pour Marx, la solution passe par la révolution et la collectivisation ; pour Weil, elle passe aussi par une transformation intérieure et une réforme de l'organisation du travail qui redonne une place à l'attention et à la pensée.

Introduction redigee

Dans 'La Condition ouvrière', publié en 1943, Simone Weil, philosophe engagée qui a elle-même travaillé en usine, propose une analyse phénoménologique saisissante de l'expérience ouvrière. Loin des abstractions économiques, elle décrit la réalité vécue du travail à l'ère de la rationalisation industrielle. Le travail, notion centrale, est traditionnellement conçu comme l'activité par laquelle l'homme transforme la nature et se construit lui-même. La liberté, quant à elle, désigne la capacité d'autodétermination et d'action selon sa volonté. Enfin, la conscience est cette faculté de réflexion, d'attention et de saisie du monde. Le texte de Weil met en lumière une contradiction profonde : le travail, qui devrait être le lieu de l'exercice de la conscience et de la réalisation de la liberté, devient dans le contexte ouvrier le lieu même de leur négation. Comment le travail ouvrier, dans sa réalité concrète, peut-il aliéner la conscience et la liberté de l'ouvrier, et quelles seraient les conditions d'un travail véritablement humain ? Pour répondre à cette question, nous analyserons d'abord comment le travail industriel aliène la conscience en la réduisant à un état de passivité. Nous verrons ensuite qu'il nie la liberté en dépossédant l'ouvrier de son initiative. Enfin, nous envisagerons, avec Weil, les conditions nécessaires pour que le travail redevienne une activité spirituelle et libératrice.

Plan detaille

I. Le travail ouvrier comme expérience d'aliénation de la conscience
  • L'ouvrier est réduit à un rouage dans un mécanisme qui le dépasse. Son activité est morcelée, répétitive, et ne lui permet pas de saisir le sens global de la production. Exemple : le travail à la chaîne où l'on visse éternellement le même boulon, sans voir le produit fini.
  • Cette activité morcelée empêche la pensée réfléchie et la concentration. L'esprit est occupé par la seule nécessité de suivre le rythme imposé, laissant place à une forme de vide mental ou de rêverie stérile. Exemple : l'ouvrier qui compte les heures, les gestes, sans pouvoir s'absorber dans une tâche signifiante.
  • Le travail devient ainsi une pure contrainte temporelle. Le temps de travail est un temps volé à la vie, un temps subi et non choisi, où la conscience ne peut s'épanouir. Exemple : la sensation d'être un 'esclave du chronomètre', où chaque minute est contrôlée par le rendement.
II. La négation de la liberté dans l'organisation scientifique du travail
  • L'organisation tayloriste du travail dépossède l'ouvrier de son savoir-faire et de son initiative. La pensée est séparée de l'exécution, confisquée par les bureaux des méthodes. Exemple : l'ingénieur qui définit les gestes les plus efficaces, privant l'ouvrier de toute maîtrise sur son propre travail.
  • L'ouvrier est traité comme une simple force musculaire, interchangeable. Il n'est pas reconnu comme une personne, mais comme un outil dont on optimise les mouvements. Exemple : les études de temps et de mouvement qui visent à éliminer tout 'geste inutile', c'est-à-dire tout geste humain non strictement productif.
  • Cette organisation nie la liberté en supprimant la possibilité du choix et de l'engagement personnel dans la tâche. L'ouvrier obéit à un ordre extérieur qui ne fait pas sens pour lui. Exemple : exécuter un ordre dont on ne comprend ni la finalité ni la logique, par simple soumission à l'autorité.
III. Vers une conception du travail comme activité spirituelle et libératrice
  • Pour Simone Weil, un travail véritablement humain serait celui qui permet à la conscience de s'exercer pleinement. Cela implique une tâche qui requiert attention, réflexion et compréhension de son objet. Exemple : l'artisan qui conçoit et réalise un objet de A à Z, ajustant son geste à sa pensée.
  • La liberté dans le travail ne réside pas dans l'absence de contrainte, mais dans la possibilité de consentir à une nécessité comprise. Il s'agit de transformer la nécessité brute (gagner sa vie) en une œuvre où l'esprit s'investit. Exemple : le paysan qui, bien que soumis aux cycles naturels, comprend et anticipe ces nécessités pour les faire siennes dans son labeur.

Conclusion redigee

L'explication de ce texte de Simone Weil nous a donc permis de comprendre que le travail industriel, tel qu'il est organisé scientifiquement, constitue une aliénation double : aliénation de la conscience, réduite à une attention vide et morcelée, et aliénation de la liberté, confisquée par une organisation qui sépare la pensée de l'exécution. L'ouvrier n'est plus un sujet agissant, mais un objet manipulé par le système de production. La réponse de Weil à cette déshumanisation ne réside pas dans un simple refus du travail, mais dans sa transformation radicale. Un travail digne de ce nom serait celui qui réconcilie la main et l'esprit, qui permet à la conscience de s'appliquer avec attention à une tâche signifiante, et à la liberté de consentir à une nécessité comprise et maîtrisée. Cette réflexion ouvre sur une question politique et éthique cruciale : comment réorganiser la production sociale pour que le travail, au lieu d'asservir, contribue à l'épanouissement spirituel de chacun ? La pensée de Weil rejoint ici les préoccupations d'un Karl Marx sur l'aliénation, mais en insistant de manière unique sur la dimension intérieure et attentionnelle de l'expérience ouvrière.

Pieges a eviter

  • !Se contenter d'un paraphrase du texte sans l'expliquer et le problématiser.
  • !Traiter les notions (travail, liberté, conscience) de manière abstraite et générale, sans les ancrer dans l'analyse concrète de la condition ouvrière proposée par Weil.
  • !Oublier la dimension constructive et normative de la pensée de Weil : elle ne se limite pas à une critique, elle esquisse les conditions d'un travail non aliénant.

Informations

MatierePhilosophie
Session2024
CentreMétropole
Filieregenerale
Coefficient8
Source : sujetdebac.fr, education.gouv.fr

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