Philosophie - Bac 2025
Métropole - Session normale
Epreuve du 16 juin 2025
Consigne officielle
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.
Sujet 1
Enonce
Notre avenir dépend-il de la technique ?
Développez une réflexion philosophique ordonnée et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
La technique détermine-t-elle nécessairement notre avenir, ou bien conservons-nous la liberté de lui donner une direction ?
Introduction redigee
De l'invention de la roue à l'intelligence artificielle, la technique accompagne et transforme l'histoire humaine. Aujourd'hui, face à des innovations toujours plus rapides, une inquiétude se fait jour : sommes-nous encore maîtres de notre destin, ou la technique dicte-t-elle désormais la direction de notre avenir ? La question invite à interroger le rapport entre liberté humaine et puissance technique. La technique détermine-t-elle nécessairement notre avenir, ou conservons-nous la liberté de lui donner une direction ? Nous montrerons d'abord que la technique semble conditionner notre avenir, avant de rappeler qu'elle reste un moyen au service de fins humaines, pour finalement montrer que notre avenir dépend de notre rapport réflexif à la technique.
Plan detaille
I. La technique semble conditionner notre avenir
- •Le déterminisme technique (Jacques Ellul, La Technique ou l'enjeu du siècle) : la technique impose sa propre logique de développement
- •L'impératif technologique : ce qui peut être fait techniquement finit par être fait (bombe atomique, IA)
- •Exemple : le changement climatique comme conséquence d'un développement technique non maîtrisé
II. Mais la technique reste un moyen au service de fins humaines
- •Aristote distingue la tekhnè (moyen) de la praxis (fin) : la technique est subordonnée aux choix humains
- •Hannah Arendt (Condition de l'homme moderne) : la technique relève du travail et de l'œuvre, mais l'action politique reste libre
- •Exemple : les choix politiques en matière de transition énergétique montrent que la technique n'est pas autonome
III. Notre avenir dépend de notre rapport à la technique
- •Heidegger (La question de la technique) : le danger n'est pas la technique mais l'arraisonnement du monde qu'elle implique
- •Hans Jonas (Le Principe responsabilité) : éthique de la responsabilité face au pouvoir technique
- •Notre avenir dépend de notre capacité à penser la technique, pas seulement à la subir ou l'utiliser
Conclusion redigee
Notre avenir ne dépend pas de la technique en elle-même, mais de la manière dont nous pensons et orientons son développement. Si la technique possède une puissance autonome, elle n'en reste pas moins un produit de l'action humaine. C'est en exerçant notre responsabilité éthique et politique que nous pouvons faire de la technique un outil d'émancipation plutôt qu'un facteur d'aliénation. Reste alors à savoir si nos institutions sont à la hauteur de ce défi.
Pieges a eviter
- !Confondre technique et science
- !Être technophobe ou technophile sans nuance
- !Oublier la dimension politique
Sujet 2
Enonce
La vérité est-elle toujours convaincante ?
Développez une réflexion philosophique ordonnée et argumentée.
Criteres d'evaluation
Problematique
La vérité possède-t-elle par elle-même une force de conviction, ou bien a-t-elle besoin d'être mise en forme pour convaincre ?
Introduction redigee
Nous aimerions croire que la vérité, par sa seule force, s'impose à tous les esprits. Pourtant, l'expérience montre que les fake news se propagent souvent plus vite que les faits vérifiés. Comment expliquer que la vérité ne soit pas toujours convaincante ? Faut-il en conclure qu'elle est impuissante, ou qu'elle a besoin de conditions particulières pour être reconnue ?
Plan detaille
I. La vérité semble posséder une force intrinsèque de conviction
- •Descartes : l'évidence comme critère de vérité — ce qui est clair et distinct s'impose à l'esprit
- •Spinoza : la vérité est norme d'elle-même (verum index sui)
- •Exemple : les vérités mathématiques sont universellement reconnues
II. Pourtant, la vérité ne suffit pas toujours à convaincre
- •Platon (Gorgias) : les sophistes montrent que la persuasion peut l'emporter sur la vérité
- •Pascal : 'Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point' — nos passions résistent à la vérité
- •Exemple : les théories du complot persistent malgré les preuves scientifiques contraires
III. La vérité doit être accompagnée d'un art de convaincre
- •Aristote (Rhétorique) : le logos seul ne suffit pas, il faut aussi l'ethos et le pathos
- •Habermas : l'éthique de la discussion — la vérité se construit dans l'échange argumenté
- •La vérité a besoin de conditions favorables (éducation, liberté d'expression, dialogue)
Conclusion redigee
La vérité n'est pas toujours spontanément convaincante, non pas parce qu'elle manque de force, mais parce que les esprits ne sont pas toujours disposés à la recevoir. C'est pourquoi convaincre de la vérité suppose à la fois rigueur intellectuelle et attention aux conditions du dialogue.
Pieges a eviter
- !Confondre convaincre et persuader
- !Réduire la vérité à la vérité scientifique
Sujet 3
Enonce
Explication d'un texte de John Rawls, Théorie de la justice (1971)
Expliquez le texte suivant. La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Criteres d'evaluation
Problematique
Comment une société peut-elle être juste si elle doit à la fois respecter les libertés individuelles et garantir l'égalité des chances, alors que les inégalités sociales semblent naturelles ?
These de l'auteur
La référence à Jean-Jacques Rousseau est pertinente. Dans *Du contrat social* (1762), Rousseau cherche également les principes d'une société légitime. Alors que Rousseau part de l'idée que l'homme est naturellement bon et corrompu par la société, Rawls, lui, adopte une position hypothétique et contractualiste moderne. Cependant, tous deux partagent une préoccupation pour l'équité et la volonté générale. Rousseau écrit : "Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant." Cette recherche d'une liberté préservée dans l'ordre social fait écho à la préoccupation rawlsienne de concilier libertés de base et justice distributive.
Introduction redigee
La question de la justice sociale est au cœur des débats politiques contemporains : comment organiser la société pour qu'elle soit à la fois libre et équitable ? Dans cet extrait de *Théorie de la justice* (1971), John Rawls, philosophe américain majeur du XXe siècle, propose une réflexion fondatrice sur les principes qui doivent régir une société démocratique. Il part du constat que les inégalités sociales et naturelles existent, mais qu'elles ne sont pas nécessairement justes. Pour Rawls, une société juste n'est pas celle qui élimine toutes les différences, mais celle qui les organise de manière à ce qu'elles bénéficient à tous, et particulièrement aux plus défavorisés. Cela implique une conception de la justice comme équité, où les institutions sociales doivent être évaluées à l'aune de leur impact sur les plus vulnérables. Le texte nous invite ainsi à réfléchir au problème suivant : comment une société peut-elle être juste si elle doit à la fois respecter les libertés individuelles et garantir l'égalité des chances, alors que les inégalités sociales semblent naturelles ? Pour répondre à cette question, nous analyserons d'abord la définition rawlsienne de la justice comme équité. Nous examinerons ensuite le rôle dévolu à l'État dans la mise en œuvre de cette justice. Enfin, nous interrogerons les limites et les défis pratiques de cet idéal, notamment quant au devoir des citoyens.
Plan detaille
I. La justice comme équité : un principe fondamental pour une société démocratique
- •Rawls définit la justice comme équité, c'est-à-dire comme un système où les institutions sociales doivent être organisées de manière à bénéficier aux plus désavantagés. Ce principe vise à corriger les inégalités naturelles et sociales qui ne sont pas méritées. Par exemple, une personne née dans un milieu défavorisé n'a pas choisi sa condition, la justice sociale doit donc compenser ce désavantage initial.
- •L'auteur insiste sur l'idée que les inégalités ne sont acceptables que si elles profitent à tous, et particulièrement aux plus défavorisés. C'est le principe de différence. Dans une entreprise, des écarts de salaire peuvent être justifiés s'ils incitent à l'innovation et à la productivité, mais à condition que les bénéfices retombent aussi sur les employés les moins bien payés via de meilleures conditions de travail ou des services sociaux.
- •Rawls propose une position originelle hypothétique où les individus, derrière un voile d'ignorance (sans connaître leur future position sociale), choisiraient ces principes de justice. Cela garantit l'impartialité du contrat social. Par analogie, c'est comme si on devait répartir un gâteau sans savoir quelle part on obtiendra : on opterait pour un partage équitable.
II. Le rôle de l'État dans la mise en œuvre de la justice sociale
- •L'État a le devoir de mettre en place des institutions justes qui assurent les libertés fondamentales et redistribuent les richesses. Il ne peut se contenter d'être un État-gendarme ; il doit être un État-providence actif. Par exemple, un système éducatif public et gratuit vise à offrir les mêmes chances de réussite à tous, indépendamment de l'origine sociale.
- •L'État doit garantir ce que Rawls appelle les biens premiers sociaux : les libertés, les opportunités, les revenus, la richesse, et les bases sociales du respect de soi. La protection sociale (santé, chômage, retraite) en est une concrétisation. En France, la Sécurité sociale, créée après la Seconde Guerre mondiale, illustre cette volonté de protéger les citoyens contre les aléas de la vie.
- •L'intervention de l'État est légitime car les inégalités ne sont pas seulement naturelles ; elles sont souvent amplifiées par les structures sociales. Sans régulation, le marché peut créer des écarts insoutenables. La fiscalité progressive, où les plus riches paient proportionnellement plus d'impôts, est un outil de cette justice redistributive.
III. Les limites et les défis de l'idéal rawlsien : entre devoir moral et réalité politique
- •La théorie de Rawls soulève la question du devoir des citoyens envers la justice. Accepter les principes de justice implique un devoir de coopération et de soutien aux institutions justes. Cependant, dans la réalité, les individus peuvent être tentés par l'égoïsme ou contester la redistribution au nom de la liberté individuelle. Le débat sur l'impôt en est un reflet : est-il un devoir de solidarité ou une atteinte à la propriété privée ?
- •L'application des principes rawlsiens se heurte à des difficultés pratiques : comment mesurer ce qui profite aux plus défavorisés ? Où fixer la limite entre égalité des chances et égalité des résultats ? Des politiques comme la discrimination positive (par exemple, dans l'accès aux grandes écoles) visent à corriger des inégalités historiques, mais peuvent être perçues comme injustes par ceux qui n'en bénéficient pas, montrant la tension entre équité et mérite.
Conclusion redigee
En définitive, l'explication de ce texte de Rawls nous a permis de saisir l'ambition d'une théorie de la justice qui cherche à concilier liberté et égalité. Rawls défend l'idée que la justice sociale ne consiste pas en une égalité arithmétique stricte, mais en une équité qui permette à chacun, surtout aux plus défavorisés, de bénéficier de la coopération sociale. L'État a alors le devoir de créer et de maintenir des institutions justes, garantissant les libertés fondamentales et redistribuant les richesses. Cependant, cet idéal se heurte à des tensions pratiques, entre l'acceptation du devoir de solidarité et les résistances individuelles, entre la recherche de l'équité et la perception du mérite. La pensée de Rawls ouvre ainsi sur un débat toujours actuel : jusqu'où une société doit-elle aller pour corriger les inégalités sans nuire à la liberté et à l'initiative individuelle ? Cette interrogation reste centrale dans les discussions sur les modèles sociaux, entre libéralisme et social-démocratie.
Pieges a eviter
- !Se lancer dans un exposé général sur la justice sans s'appuyer précisément sur le texte et ses concepts clés (équité, position originelle, principe de différence).
- !Ignorer la dimension politique et institutionnelle du texte pour ne parler que de morale individuelle. Rawls parle bien de la structure de base de la société.
- !Opposer de manière simpliste Rawls à d'autres penseurs (comme Nozick) sans avoir d'abord expliqué en profondeur l'argumentation du texte proposé.
